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LE COMIQUE 22 I

t*écuei] es! partout el que la route n'est nulle part. Gomme l'élévation d'esprit manque à Nfolière aussi complètement que la connaissance du vrai, il ne cherche pas la lumière plus qu'il ne la possède. Il promène dans les bas-fonds sa lanterne qui jette une lueur fausse et s'égare avec ses personnages dans le- impasses sombres où il se promène luimême avee eux. Uissi Molière en se moquant des autres, se moque de lui-même continuellement. C'est lui qui est A. le es te, c'est lui qui est Georges Dandin. Mais sou ironie, juste Bans miséricorde,- frappe et ne redresse pas. On sent qu'il sera stérile pour lui comme pour les autres. Elle ne contient pas la paix.

Elle est vide de l'espérance. 11 semble considérer la vie comme un jeu où tout le monde perd la partie. Si Molière avait raison, le comique serait l'essence des choses, de sorte que si l'on voulait considérer sérieusement son œuvre, et lui donner un sens philosophique, il faudrait dire que chez lui le comique est l'envers du blasphème.

Mais jamais il n'eut cette intention.

Pour traiter un sujet, il faut le dominer. Si jamais il arrive un écrivain comique, cet homme possédera le rire, au lieu d'être possédé par lui. Il ne rira pas à propos de tout. Il saura la place du rire, et placera toujom* dans le voisinage quelques larmes rafraîchissautes. Cet homme saura que le comique devient horrible, s'il est isolé, que nul ne doit loucher une plaie humaine, s'il n'a rien pour

la bander. Cet homme saura manier l'élément comique, au lieu d'être sa dupe : il faudra une grande tendresse et une grande pureté de cœur. Il faudra aussi une main très légère, pour ne pas blesser les malades. Il faudra un esprit élevé pour circonscrire le comique dans les régions qui sont à lui. Il faudra une grande puissance pour féconder cette terre stérile.

Considérée dans sa cause et d'une façon abstraite, la passion est comique parce qu'elle est au fond un quiproquo, un malentendu. La conversation de deux hommes qui causeraient dans la nuit sans se reconnaître, ne sachant pas à qui ils ont affaire, se prenant pour d'autres, et se donnant des noms qui ne leur appartiennent pas, cette conversation pourrait être très comique. Or cette supposition se vérifie dans le langage des passions humaines. L'homme passionné se trompe sur le nom, sur la nature, sur la qualité, sur la valeur de la personne ou de la chose qui est l'objet de sa passion.

Il parle dans la nuit et apostrophe, par des noms qui ne leur conviennent pas, les objets inanimés contre lesquels il se heurte : de là un malentendu qui peut donner lieu aux combinaisons les plus étranges. La passion est féconde en effets de ce genre. Comme elle tend par sa nature à adorer une personne, elle sent la nécessité de soustraire cette personne, à la nature humaine, et fait pour la diviniser des efforts qui sont comiques, parce qu'ils ont

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à la fois le caractère de l'enthousiasme et le caractère de l'impuissance.

Mais, poursuivons notre hypothèse. Supposons que nos deux interlocuteurs, qui s'adorent ou se querellent dans la nuit, prennent au sérieux leur erreur, la prolongent et l'adoptent pour point de départ de leur vie II en résultera des catastrophes parce qu'ils auront pensé, senti, agi, vécu, en vertu de choses qui n'existent pas. Les rapports vrais des choses détruisant à chaque instant les rapports imaginaires sur lesquels ils ont bâti leur édifice, il en résultera un écroulement, et très souvent les hommes seront ensevelis sous les décombres de leur monument renversé.

Alors leur malheur devient une réalité sérieuse. L'effet du malentendu en fait oublier la cause et la nature. Le pathétique succède au comique.

Ainsi, dans les passions, quand la réalité se venge, quand l'argent avoue à l'avare son insuffisance pour donner le bonheur, quand les choses reprennent leur vrai nom, quand la vérité présente ou absente abat de près ou de loin les choses construites sans elle, tout tombe, tout se heurte, tout se précipite comme au dernier moment d'un cauchemar. Alors l'effet de la passion en fait oublier la cause et, la nature. Le pathétique succède au comique. Car le comique n'est jamais le dernier mot des choses.

En pénétrant plus avant, on aperçoit quelle <•<! cette méprise qui produit le comique. La

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passion est une erreur de nom qui amène une altération de substance. La passion est une idolâtrie qui voudrait communiquer à une créature le nom trois fois saint, le nom incommunicable.

A cette hauteur la tragédie et la comédie disparaissent devant une œuvre qui n'a pas encore été faite. Cette œuvre pourrait s'appeler le drame, si l'on écarte absolument de ce nom toutes les idées et toutes les œuvres qu'on a rattachées à lui jusqu'à ce jour. Les passions sont pathétiques accidentellement : elles sont comiques naturellement.

La tragédie ne les étudie pas : elle les admire. La tragédie, dupe des passions, s'arrête au pathétique. Elle constate leurs effets en ignorant les causes. Elle déclame avec enthousiasme sur les malheurs que les passions produisent et célèbre en même temps la beauté des passions qui produisent ces malheurs. La tragédie ressemble à une hymne de gloire que l'homme malheureux chanterait au malheur. On dirait l'adoration de la catastrophe. La tragédie ressemble au culte de la mort considérée comme déesse.

La comédie s'aperçoit que la nature des passions est comique, mais elle s'arrête au moment où il faudrait prendre son essor.

Le drame dont je parle comprendrait que les passions et les erreurs, au lieu d'être les moyens et les sujets du drame, comme on l'a toujours pensé, en sont les obstacles, les négations, les contradictions. Le drame compren-

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