‹ Les plus belles cathédrales de FranceChapitre 57 sur 78 · SOISSONS · texte numérisé non relu

SOISSONS

tiquité» fiie en deux lipies l'époque de la construction de rédifice.

Anuo vulîcno dw ctiteno Jwxienn

Hutte inlrare chorum cfgpit grex canonicorum.

En 42t2 , les chanoines commencèrent à enlrer dans ce chœur.

n paiali que dès le commencement du xin* siècle les iravaux furent continués avec la plus grande activité : les calaetères architectoniques Tattestent d'une manière évidente.

Ce n'est pas à dire que tout jusqu'aux moindres dét;iils appartienne au même siècle et au même système artistique.

« L'ai t chrétien , dit M. l'abbé Poquel, est venu successivement déposer dans Péglise de Soissons, avec son génie propre, des richesses variées et parfois ses eapiicieuses transformations. ■

Le plan de la cathédrale de Soissons est régulier ; il présente cependant une particularité assez remarquable dans la disposition d un des bras du transsept en forme d'abside. £n voici les dimensions principales : longueur totale , cent mètres ; largeur, vingt-six mètres ; hauteur sous voûte, trentetrois mètres trente centimètres. L'effet de r«osembIe est cora* parahle à tout ce que nos monuments religieux peuvent nous offrir de plus riche et de plus solennel. L*ordonnance des travées est très-pittoresque, les arcades sont bien dessinées, les <jraements sont parfaitement en rapport avec la gravité du corps de Tédilia'. ha cathédrale de Soissons est, sans contredit , une de nos plus belles églises gothiques.

La dernière période romano-bysantine se fond ici avec le commencement du règne de Togîve. C'est la limite de deux styles également remarquables , dont le dernier semblait être la raison et le couronnement de l'autre. Les fenêtres et les

CATlilLDRALES bE I RÂNCE.

TOùtes sont bien caractérisées et peuvent ètie prises pour modules des constradions du temps. Nulle part le système gothiqne n'a rien produit de plus pur et de plus gracieux.

L"cxl(.^rieur de la cathédrale deSoissoiis répond .mx dispo- Siijoiis intérieures : c'est la même majesté. Le portail principal est Mti dans de belles proportions ; l'ornenientatioii en est distinguée. Malgré les injures du temps et les outrages des hommes, on peut enoore en admirer la symétrie pittoresque.

La perspectÎTe de Fabside et des latéraux est également

grandiose. Le mouninciil domine toute la viiie, donl ii eàt aujourd'hui l'omemeut et la gloire.

SAINT-ÉTIENNE

DE GAHOR8

1a cathédrale de Cahors est un des rares édifices à phy* sionomie byzantine. Dans ses parties les plus antiques, eUe offre une imitation évidente de cet art oriental «pii exerça une si grande influence sur l'architecture latine et Iranque dans nos contrées du centre de l'Europe. Certains auteurs ont voulu contester celle influence, partie des rives du Bosphore, s'exerçant d'abord en Sicile et en certaines régions d'Italie , dans rezarcbat de Ravenne spécialement, et se dirigeant vers le nord, qui ajouta des éléments nouveaux et importants à la manière romaine dans Part de b&tir; il suffit de voir Saini-Fhmt de Périgueux, Saint -Étienne de Cahors, Saint-Pierre d'Angoulême, les anciennes abbatiales de Solignac et de Souillac, l'égUse de Fontevrault et plusieurs autres édifices religieux de l'Anjou et de laTouraine, pour être convaincu de la réalité de T action des principes néo-grecs sur le genre occidental. L'étude approfondie de ces monuments curieux produira sûrament des résultats scientifiques importants, d^autant ^ lus c^ue juscj 1:1 [ i-ésent ceux qui ont écrit l'histoire de ces édifices n'ont pas accordé une attention suflisantc aux monuments analogues, et n'ont pas procédé par voie de rappiociienieut et de comparaison. L'analogie, quand il s'agit de faits positifs et matériels, de même que

dans les classifications des divers produits de la nature, est d^nne irrécusable autorité; elle est la base de toute la science

archéologique. Des caiMctcres iilentiqiiLS dans les dispositions d'ensemble, dans les dislnbuliuiis essentielles el dans les (léUiils accessoires , comme dans l'ornementation, anaouceni évidemment, dans les édifices qui les présentent, une origine commune et des rapports de temps aussi bien que des relations artistiques. S'il en était autrement, l'étude des monuments serait stérile, et noiis verrions deux édifices en présence, tous deux semblables dans le plan, dans la décoration intérieure cl evlérieurc , et dont l'un appai-tiendrait au Xiu' siècle suivant des documents historiques, sans pouvoir assigner à l'autre la même date, parce que nous aurions perdu les titres de sa fondation. Nous émettons id simplement une idée qui demanderait de longs développements, parce que nous croyons pouvoir faire l'application du principe d'analogie dans l'étude de la cathédrale de Cahors.

Nous attachons une extrême importance?! la détorminatKtn de l'âge des monuments byzantins que nous avons précédemment nommés. On a débité tant de fables ci leur sujet, que la vérité aura peutétre quelque peine à prévaloir. La cathédrale de Saint-Front de Périgueux , mieux connue et plus rigoureusement appréciée par M. de Verabeil, a été attribuée au milieu du xi* siècle , tandis qu'autrefois on avait osé reculer la date de sa fondation h «ne éii<M[ue antérieure au x" siècle, et même juscju au iv*^ siècle! L'opinion de M. de Vernheil, plus vraisemblable que celle de ses devanciei-s, n'est pourtant pas encore démontrée, car l'apparition de Togive dans les arcs principaux au xi" siècle, dans cette partie' de la France , serait un fait extraordinaire. La cathédrale de Sainte Pierre d'Angoulème avait été regardée, dans sa portion antique, comme un débris d'un temple païen, et les moins

CAUORS. m

obstinés ne voulaient pas admettre une date plus récente que la fin du vr siècle, époque à laquelle le monumeut fut rebâti par les soins de Clovis. Cependant, en compulsant les titres relatifs à roeavie de Saint-Pieire, on a trouvé que l'église fnt reconstruite entièrement, à primo japîtfe» au commencement du Vf siècle. L'ancienne collégiale de Noire-Dame de Loches présente trois magnifiques voûtes en coupole, qui, plus heureuses en cela que celles des autres moaumeuts byzantins, ont conservé leur disposition première; leur construction ne remonte qu'au siècle, comme nous Tappreonent des pièces authentiques que nous avons entre les mains. De ces faits , ne sommesHoous pas en droit de conclure que les églises à dômes byzantins du Périgord et dn Quercy ne doivent pas être rejelées à un temps antérieur à ce même XII* siècle.

Nous ne partageons pas l'opinion de M. Calvet, auteur d'une savante notice sur la cathédrale de Cahors, qui attribue aux coupoles de Saint -Étienne une antiquité beaucoup trop reculée , la date du vu* siècle. La ressemblance de la disposition générale entre Saint-Front et Saint»Élienne démontre que les deux édifices ont été bâtis à peu de distance de temps l'un de l'autre. Ou pourrait même aller plus loin et Cfjnsidérer Saint-Front comme le modèle de la basilujue de Cahors, ce qui lui assurerait la priorité et une date un peu plus éloignée. En mettant de côté toute autre considéra^ tion, peut-on nous dire en vertu de qoeUe protection spédale la cathédrale de Cahors du vif siècle aurait échappé aux malheurs des temps, à Tinvasion des Sarrasins, aux troubles du règne du brave mais inl rluné Waifre, duc d'Aquitaine j aux fureurs des Normands et aux guerres continuelles qui désolèrent les deux premiei-s tiers du moyen âge? Vers le milieu du xu* siècle, le pape Callixte 11 consacra

CATUÊDiULËS DK FRANCE.

le nouvel autel de Saint-Élienne. Cet acte solennel, si important dans les cérémonies religieuses, n'indiquerait-ii pas des travaux considérables dans la cathédrale? ne seiait-ce pas à cette époque qae les voûtes aoiaient été complètement achevées?

Nous admettons volontieis aTéb quelques anteuis, et avec M. de Caumont entre antres, que l 'église cathédrale de Cahots

peut donner une idée des constructions byzantines carlovingieunes , en ce qu'elle reproduit les dispositions (jue nous coQoaissoDS par les textes comme caractéristiques d'un siècle de mouvement etde lenaissance. Nous ne voudrions pas pour cda en faire un monument contemporain de Charlemagne, à plus forte raison antérieur au lègne de ce grand prince. Les édifices carlovingiens ne nous sont connus, pour ainsi dire , que grâce à quelques passages des vieux chroniqueurs; à /Vix- la- Chapelle, où la merveille des temples du- à l importation byzantine eut tant de réputation , on a peine à distinguer ce qui reste de Tœuvre de Gharlemagne. Dans d^autres lieux, où Ton croit posséder des débris de cette curieuse aicfaitectuie du via* et du n* siècle, on ne montre que des fragments peu considérables, et quelquefois encore sont-ils problématiques.

Dimensions générales de la cathédrale de Cahoi's : longueui Idtaie, quatre-vingtKiimi mètres cinquante centimètres; largeur, trente-trois mètres cinquante centimètres; hauteur des pilieis qui supportent les coupoles, dii-neuf mètres soixante centimètres, sur quatre mètres quarante centimètres de hase; hauteur des arcades sous def, diz<-neuf mètres.

Les deux voùt»'sea coupole de Cahorsont dix-neuf mètres de diamètre et sont dignes de radmiiation des antiquaires. Ëlies sont bien conservées , et donnent àrintérieur de l'église

CAHOBS.

on air de majesté qui piodiiît une impression profonde;

larijrs ul élevées, elles seront toujûius une preuve de l'habiieté de rarciiitccte qui a su les conslruire. Le cintre affecte à rextérieur la forme conique à sommet obtus. Ou l'a plusieurs fois revêtu d'épaisses oouchcs de mortier pour le préserver de l'infiltration des eaux pluviales.

•Quatre fenêtres, plaoées aux quatre pointa cardinaux, éclairaient les coupoles. Deux ouvertures communiquent entre elles et donnent entrée à une allée qui les unit. Celti3 allée se continue à la base el dans l'intérieur de chaque coupe par une coruiche faisant sailbe dans Tintéiieur de Téglise, à la hauteur du pied-droit, et coupent ainsi, pour réiaigir, la voûte qui s'élève du sommet des arcades et des piliers. On a fermé les deux autres fenêtres.

Quand on regarde le revêtement extérieur des deux coupoles qui s'élèvent à côté l'une <lt Triiitre comme deux sœurs jumelles, sortant d'une base commune, on aperçoit quelques détails curieux que nous devons noter soig;aeuâemâQt. L'appareil de construction le plus ordinairement mis en œuvre est Tappaieil moyen. Un cordon fm saillant enveloppe les coupoles en traçant une li^e brisée. A une hauteur de quatre mètres quatre-vingts centimètres, les deux tours sont également couronnées d'une comiche faisant saillie au dehors et plate-forme sur le mur. Cette pl id -lorme est portée sur des modiUons taillés en biseau et formés de fortes pierres étroitement liées. Des rigoles, creusées pour diriger l'eau vers des ouvertures, disent assez que ces tours n'étaient pas destinées à être cachées sous la toiture qui les dérobe aux regards ; elles devaient rester entièrement découvertes , ainsi que celles de Périgueux , qui ont subi le même sort , comme celles de Loches, qui ont toujours conservé leur liberté, et qui n ont jamais été emprisonnées sous de lourdes cbarpeates.

(:ATIIEDRALt:S DE FRANCK.

La dégoûtante manie dn badigeon a déposé snccesâvement trois coucbes grossières sur font Tintérieur de Saini-Étienne

de Cahops. Non-Sf uleiiiont on a fait ainsi disparaîlre la couleur des siMes, ce qui est toiinjiu-s rci^Tetlaltle , mais encore on a détruit de curieuses peioturcs murales, ce qui est une perte inappréciable. L^oonographie chrétienne a fait de tous les cétés des pertes dont on a peine à connaître Pétendne. Les arts du dessin avaient épuisé leurs ressources dans la décoration de nos monuments religieux ; ils y paraissaient dans toute leur pompe el dans toute leur puissance, luonUant aux yeux des anfi(}iiaiii's les phases par lesquelles ils avaient dû passer pour arriver à une complète et brillante transformation. Nous serions heureux aujourd'hui de pouvoir contempler ces pieuses inspirations de la peinture chrétienne; nous y retrouverions Texpression profondément catholique qui caractérise Parchitecture ; nous y découvririons ausd quelques traits du symbolisme admirable dû à l'esprit de foi. Mais non, des liarbares ont passé leur brosse destructive sur toutes ers beautés qu'ils ont fait disparaître pour toujours sous une peinture conodve. MaleviUe nous dit dans sa Troûième Centaine, an 290 : « Saiuct Gaubert fnst évesque de Caoïs après sainct Genulphe. Tous les deux avecque sainct Urcîsse et sainct Ambroise, aussi par après évesques dudictCaors, se voyent peints dès plusieurs siècles en Tune de ( Os liclles coupes de la vousie de i'égbse cathédrale avec le nom soubz chaque peinture. »

La nef est entièrement abritée sous les deux immenses coupoles. L'abside destinée à former le chceur du chapitre se trouvant beaucoup trop étroite, on s*est vu obligé d'empiéter sur la nef, j usque sous la partie centrale de laseconde voûte. Le rond-point du chevet, de même que les chapelles absidales, ne date que de la lin du xi* siècle et du cojumen-

anoRs. m

cernent du xir. Toute œlle porliun de la rathédrale offre beaucoup de ressemblance avec la manière dont les coupoles sont bâties; cepoidaiil rarckitecture en est plus régulière et plus ornée y ce qm semblerait indiquer une époque plus récente. Les formes des ouvertures sont plus correctes; on a établi dans pluneuTS endroits de belles colonnettes et des moulures d'une exécution riche et soi^'uée. I/;ibside, juxtaposée au rectaugle formé par la base des deux coupoii , '^e continue sur un axe différent. Cette circonstance, reproduite dans plusieurs édifices d'une haute perfection monumentale, atteste, quoi qu'on en dise, une intention formelle; on toulail exprimer ainsi l'acte solennel de la Rédemption : Et meUmtù tapile y trad^t spbriHm.

La voûte qui recouvre l'abside est ogivale, et fut élevée* en 1293. «Alors, dit M. Calvel, fut ronstruife cette belle voûte ogivale qui, prenant pour base les colonnes du xi' * siècle, s'élève au-dessus de l'abside et la couvre de ses élé~ ' gantes nervures. Fier de Tinspiration qui Tarradiait aux vieOles traditions, Tarcbitecte utilisa sans doute l'œuvre de ses devancieTs; mais s'isolant aussitôt de ce «tipport forcé , il moula en colonnes sveltes et groupées le Inurd pilastre roman. Les fenêtres, décorées par une dentelure gracieuse, jetèrent à flots la lumière dans le sombre édifice que l'ancienne et pieuse ferveur avait orné de rares ouvertures, en mémoire du Annmore eiyptm de Toratoire souterrain. L'aclion du jour pouvait affaisser Tensemble de l'édifice, des vitraux peints adoucirent cette clarté brillante , et , dans leur mosaïque variée, retracèrent les actes des sainis el i" histoire divine.

u Deux étages de vastes fenêtres à ogives , Iréflées et divisées par de légers meneaux , remplissent le vide qui se trouve entre les supports des nervures de la voûte et ne sont plus

que d*iimneiises cadres, aujourd'hui vides de leurs riches tableaux. Un seul fragment de ce vitrail prédeux est resté sur

place.

« Peu satisfait d'avoir t'chiirt' l'abside, l'arcliitecte voulut donner plus de joui* aux coupoles, que la dernière époque romano-byzantine avait déjà rendues moins sombres, en faisant ouvrir deux fenêtres dans les arcades : de là l'origine des troisièmes fenélres placées au milieu des fenêtres ro-

mânes. On remarque avec intérêt que, pour se conformer au

style général de celte partie du bâtiment, l'artiste nouveau a presque lait disparaître l'ogive des ouvertures pratiquées sous sa direction. U s^est dédommagé de ces égards en je~ tant une énorme et malencontreuse rosace à la place d'une 'fenêtre cintrée, nécessaire à la parfaite symétrie des constructions. »

On remaripje plusieurs chapelles latérales dans la nef, ajoutées au plan primitif qu'elles modifient d'une manière' disgracieuse. Elles furent bâties dans le cours des xui*, xiv"et XV' siècles, telles que les chapelles secondaires de Sainte- Catherine, de Saint-Biaise et de la Sainte -Vierge. Dans cette dernière, on voit encore le tomheau du fondateur, Sicard de Blontaigu, évêque de Cahors, et mort en 1300.

La cathédrale était ainsi terminée, quand arriva la construction du clocher. Ce n'est pas un monument remarquable, surtout si l'on se rappelle qu'il fut entrepris ^ une époque fertile en merveilles d'arcbitecture. Une foule d églises ogivales, fondées en même temps, présentent des tours plus élégantes et des flèches plus légères et plus hardies. E^e style gothique a cependant laissé son empreinte dans une foule de détails d'ime exécution délicate. La masse burde et sans mouvement se termine brusquement en une pointe ohtuse en charpente de mauvais goût. «

Uigiiizeo by LiOOgle

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