‹ Les plus belles églises du mondeChapitre 17 sur 84 · DIEU LUI PORTERA SECOURS · texte numérisé non relu

DIEU LUI PORTERA SECOURS

On les plaça par assises régulières avec tous les soins imaginables; de douze en douze assises, on mettait des relicpies , suivant un usage dont on a retrouvé les traces dans les plus anciennes basiliques chrétiennes; le clergé récitait sans cesse des prières pour la structure et la solidité de l’église.

Le bâtiment achevé , on songea à le décorer. Rien n’y fut épargné. Les mosaïques et les métaux précieux furent prodigués; les corniches, les moulures saillantes, les chapiteaux , étaient dorés. La description la plus fidèle ne saurait donner une idée de la somptuosité

1 Les modernes ont changé la construction de la coupole byzantine en ajoutant un tambour, ou partie droite, percée de fenêtres, au-dessus des arcs et des pendentifs, comme à Saint-Pierre de Rome, à.Sainte- Geneviève de Paris, etc.

SyMNïK-SOPHli:.

dn sanctuaire. Il était séparé de la nef par une clôture en bois de cèdre, ornée de douze colonnes accouplées recouvertes d’argent et de médaillons représentant le Sauveur, la sainte Vierge , les apôtres et les prophètes; on y \oyait également les monogrammes de l’empereur Justinien et de l’impératrice ïliéodora. Trois portes, habituellement fermées avec des voiles d’un riche tissu, donnaient accès dans l’abside. Là se dressait l’autel, porté sur quatre colonnes d’or massif; la table était composée d’or, d’argent, de pierreries, de perles, et de tout ce que la nature fournit de plus recherché. Le sol, autour de l’autel, était recouvert de lames d’or. Au-dessus s’élevait le ciborium, petit dôme aussi en or, soutenu sur quatre colonnes et quatre arcs d’argent. Des rideaux placés entre les colonnes cachaient le célébrant durant certaines parties de la messe. Le patriarche et les sept prêtres qui l’assistaient pendant la célébration des saints ofhces, se tenaient au fond de l’iiémicycle de l’abside, sur des sièges d’argent doré.

La mosaïque du dôme était sur fond d’or, de même que la plupart des autres peintures. Des milliers de lampes pendaient aux voûtes, attachées à des chaînes d’airain, et des candélabres sans nombre étaient dispersés dans toutes les parties de l’édifice. Lorsque toutes ces lampes brûlaient et que les candélabres étaient allumés, la lumière, réfléchie par les ornements d’or, produisait un eflèt magique. On eût dit, suivant les paroles de Paul le Silentiaire, que ces lampes nageaient dans un océan de feu. Aussi conçoit-on aisément l’enthousiasme de Justinien, lorsque, entrant dans le temple.

COiXSïANTINOlMÆ.

le jour de la dédicace, avec le patriarche Eiitychès, il s’écria : « Gloire à Dieu , qui m’a jugé digne d’accomplir cet ouvrage; Salomon , je t’ai vaincu ! »

La cérémonie de la consécration fut un jour de réjouissances publiques. L’empereur répandit l’argent à pleines mains, et fit d’abondantes largesses aux habitants de Constantinople. Les historiens racontent qu’on tua dans l’hippodrome, à cette occasion, mille bœufs, dix mille moutons, six cents cerfs, mille porcs, dix mille poules et dix mille poulets, qui furent distribués au peuple, ainsi que trente mille mesures de blé.

Dix-sept ans après cette solennité, un tremblement de terre ébranla l’édifice, et une partie de la coupole s’écroula. Justinien chargea Isidore, neveu d’un des premiers architectes , de réparer l’accident. Isidore changea quelques-unes des dispositions du plan, renforça les piliers, affermit les murailles, et releva la coupole. La forme du monument, sans y comprendre les vestibules, est un carré parfait de quatre-vingts mètres, au centre duquel s’élève la coupole, dont le diamètre est de trente -cinq mètres : le dôme de Saint-Pierre, à Rome , a quarante mètres environ de diamètre. Deux voûtes hémisphériques couvrent la nef, et quatre petites voûtes de même forme, portées sur des colonnes élancées, se rattachent aux voûtes principales. Cette superposition de coupoles, dont les points d’appui ne sont pas visibles, donne à tout l’édifice un aspect de légèreté; mais cette légèreté n’est qu’apparente. Le bâtiment, en effet, présente des massifs de maçonnerie d’une excessive lourdeur. Les contre -forts ne sont dissimulés par aucun

SAL\ÏE-S()PIIIE.

artifice de construction; ce qui produit, à rextérieur, un effet désagréable. La coupole est éclairée par vingt- (piatre fenêtres. Au-dessus des bas-côtés régnent de spacieuses galeries; elles étaient réservées aux femmes, séparées des hommes à rintérieur des églises, suivant la coutume constante des Grecs.

L’église Sainte-Sophie, précédée de deux vestibules et d’un vaste parvis, remplie d’ornements inestimables, conserva durant de longs siècles les riches présents des empereurs grecs, et subsista dans tout son éclat comme une preuve de leur munificence. L’enceinte de ce temple, la merveille de l’ancien monde, l’objet des éloges unanimes et emphatiques des historiens, fut le théâtre des plus graves événements. Les empereurs y étaient couronnés ; on y célébrait les triomphes et les alliances des princes. Les pages de l’histoire, depuis le iv® siècle jusqu’au x\% répètent sans cesse le nom de Sainte-Sophie. Dans cette église se tinrent plusieurs conciles. De saints patriarches y siégèrent, ayant juridiction sur de nombreux évêques, soumis eux-mêmes au pontife romain successeur de saint Pierre, centre de runité catholique. Mais le schisme, enfant de l’orgueil, sépara de l’Église romaine, mère et maîtresse de toutes les Églises, l’Église grecque, jadis si florissante. Depuis cette fatale scission, Constantinople vit pâlir sa gloire ; ses princes , trop souvent métamorphosés en rhéteurs et en sophistes , laissèrent les provinces â l’abandon , s’occupant de disputes théologi(jiies, contents de gouverner une Église abâtardie, et perdant au milieu de discussions stériles le gouvernement du monde. En vain le souverain pontife.

CONSTAMIiNOPLE.

dans sa clémence et sa modération, s’eirorça-t-il de rattacher au siège apostolique l’Église d’Orient, berceau de la loi, péj)inière jadis féconde de pontifes, de docteurs, de moines, d'anachorètes, de vierges, dont les noms sont inscrits dans les fastes de la sainteté. L’esprit de révolte, cause des hérésies et des schismes, résista à ses paternelles avances. Plusieurs fois la réunion tant désirée sembla sur le point de s’accomplir; la mauvaise foi des Grecs lit évanouir toutes les espérances. C’est sans doute en punition de tant de faiblesse et de perfidie que les plus durs châtiments allaient tomber sur la capitale de cet empire schismatique. La Providence frappe de temps en temps sur les nations des coups terribles, qui retentissent dans le monde entier et jusque dans la postérité la plus reculée.

L’empire, à force de démembrements, avait vu peu à peu ses frontières se resserrer. Les provinces, les unes après les autres, étaient devenues la proie des hordes musulmanes. Bientôt le successeur des Césars , des maîtres du monde, régna sur un étroit territoire, que la majesté impériale était impuissante à protéger contre les insultes de ses ennemis. Enfin, en 14o3, l’empire était réduit à l’enceinte de Constantinople : les barbares étaient maîtres de toutes les provinces. C’est en celte année fatale, le 29 mai, que cette ville iufortunée fut prise d’assaut par les farouches soldats de Mahomet. L’empereur Constantin, douzième du nom, périt dans la mêlée. Le vainqueur se livra à toutes sortes d’excès. Le sang ruisselait dans les rues. Plus de quarante mille habitants, hommes, femmes, enfants, sans compter les

SAliNTK-SOPHIE.

soldats, tïireiit impitoyablement massacrés. L’avarice seule arrêta la rage des Turcs; soixante mille citoyens lurent chargés de fers pour être vendus en esclavage. Comment retracer les scènes d’horreur qui se prolongèrent durant trois jours? Le sang inonda jusqu’au lieu saint : Sainte -Sophie fut profanée, et, comme dernier outrage, Mahomet y entra à cheval, déclarant ({ue ce temple auguste serait désormais la mosquée du sultan.

La chute de Constantinople consterna la chrétienté. Dans toute l’L]urope on frémit d’indignation, on pleura de douleur, en apprenant la victoire des infidèles et la profanation de Sainte-Sophie. Hélas! les plaintes et les larmes furent stériles. Des cœurs généreux eurent beau faire appel aux nations qui jadis avaient fourni tant de braves guerriers aux armées des croisades. On s’émut, parce que tout noble sentiment a un écho dans l’âme chrétienne; mais bientôt d’autres pensées s’emparèrent des esprits : Constantinople fut abandonnée à son triste sort !

Aujourd’hui le temple de Sainte-Sophie est dépouillé de ses ornements. Des tapis cachent le pavé de marbre; les mosaïques sont voilées sous le badigeon; les peintures ont été effacées. Deux espèces de chaires surmontées de minarets composent tout le mobilier actuel. Le sultan s’est réservé la place occupée autrefois par les eni[)ereurs chrétiens. Le croissant a remplacé la croix au faîte de la coupole.

Pounpioi perdrions- nous l’espoir de voir un jour ce monument reprendre son anticpie splendeur? Le culte

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chrétien, peut-être, y déploiera de nouveau ses cérémonies. Les Turcs eux -mêmes conservent à ce sujet une légende curieuse. Lorsque les musulmans, disent-ils, se rendirent maîtres de Constantinople, Mahomet II entra à Sainte- Sophie. Les fidèles y étaient assemblés pour la prière; un prêtre y célébrait la messe, entouré de diacres et de clercs. Frappée de terreur, la foule des chrétiens se dispersa en tumulte. Le prêtre quitta l’autel , et s’enfuit de l’église par une porte pratiquée dans une des galeries. A peine le ministre de Dieu eut-il disparu, que la porte se trouva fermée par un mur de pierres. Lorsque les chrétiens, ajoutent les Turcs, reprendront Constantinople, cette porte s’ouvrira d’elle -même, et le prêtre viendra achever la messe interrompue.

De graves événements s’accomplissent en Orient; le doigt de Dieu n’a jamais été plus visible dans le gouvernement du monde : [irions et espérons !

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