II
l'AIOUK DIVIN
Qu*ai-je donc? le printemps me trouble et me soulève. Gomme Mercure, j'ai des ailes aux talons, Et pour m'épanouîr dans le ciel bleu du rêve rai la légèreté des divins papillons.
Dieu, comme mon cœur bat I Pourtant, dans les ténèbres S'est endormi Famour de ma jeunesse en fleur; * Je Tai mis dans la tombe avec des chants funèbres, Et voici que je sens se réveiller mon cœur.
Je n'aime pas, pourtant. Mais le ciel est en joie. Mais, les bois ont verdi pendant que j'ai pleuré, Et la brise de Mal sous qui le gazon ploie' Va butiner l'encens chez les roses du pré.
Et sur le bord des mers, le loDg du sable lisse, En chantant un couplet d*amour et de printemps. Gomme un sylphe, marchant bien moins qu'elle ne glisse. Passe une belle fille et qui n'a pas vingt ans.
Ce n'esi pas toi que j'aime, ô belle jeune fille En qui palpite et vit la jeunesse des fleurs; Et pourtant, sais-tu bien? ton œil superbe brille. Et je pourrais t'aimer dans le rire ou les pleurs.
Ce n'est pas toi que j'aime, et cependant je t'aime. Mon cœur te trouve belle et te salue, ô toi Dont les cheveux tressés forment un diadème Près de qui pâlirait la couronne d'un roi.
Vas en paix, car mon cœur esl mort dans mapoitrinet Car le souffle des vents est plus doux que ta voix, Et quand la passion gonflera ta narine.
Je me réfugierai dans le calme des bois. .
L*AMOUA DIVIN. 219
J'écouterai chanter les vagues immortelles Qui roulent au soleil en lançant des éclairs, Et quand j'évoquerai mes amours infidèles Un rire éblouissant traversera les airs.
vous que nous prenions pour confidents naguère, Splendide ciel d'azur, astres de diamant.
Océan dont les flots vibraient dans la lumière Et voilait nos aveux d'un murmure charmant;
Certes,, vous saviez bien qu'insoucieuse et folle S'envolerait l'ardeur des premières amours; Et tout alors semblait croire à notre parole Qu'un soufQe cependant emportait pour toujours.
Vous nous laissiez Terreur bien aimée et bénie, Quand nous nous parjurions, vous mentiez avec nous; Vous versiez dans nos cœurs votre immense harmonie Et rien ne nous disait que nous étions des fou^I
2t0 L*AMOUR DIVIN.
Merci d^avoir menti, car en nos âmes vierges Cet Infidèle amour nous est resté sacré.
Et les nuits d*autrefoîs s'illuminent de cierges Qu*aux quatre coins du ciel tient un ange éploré.
Vous nous avez laissés dans notre bonheur vague, £h bien! soyez bénis, car nous étions heureux; — Depuis, le fiancé n*a pu garder sa bague, Et c'est de vous, ô ciel, que je suis amoureux!
C'est de vous, ô vallons paisibles, pleins de roses. De vous, collines d'or que baise le soleil; De vous, 6 chastes fleurs depuis une heure écloses. Car nul visage humain, fleurs, ne vous est pareil.
C'est de vous, sombres bois dont le silence enivre, C'est de toi, vaste mer qui palpites sans fin. Et que mon cœur troublé sent frissonner et vivre Quand tu bondis devant Tétoile du matin I
L*AMOUR DIVIN. S2i
Ainsi donc vous pouvez passer, 6 filles brunes; Et vous dont le soleil dore les cheveux blonds; Je n'ai plus de chansons que pour la douce lune»
Je n'ai plus de baisers que pour les papillons.
Vous ne me verrez plus à genoux, Toeil en larmes, Je ne redoute plus votre rire moqueur :
La profonde nature a d'invincibles charmes Et l'univers entier va me remplir le cœur!
Comme des cavaliers innombrables, les flots S'avancent vers la terre avec de longs murmures, Et des gémissements confus, et des sanglots; Et, sous le grand soleil qui les frappe, les flots Miroitent comme des armures.
Et la croupe des flots étincelle au soleil, Au soleil de juillet qui les frappe et les perce; Gomme autrefois, venant de Torient vermeil, La croupe des chevaux miroitait au soleil De rionie'et de la Perse.
L*AHOUR DIVIN. 223
Que vont-ils conquérir, les innombrables flots? Rien! la nature tient la bride à la tempête; ' Seulement, il leur faut porter une Délos.
L^lle qu'il faut rouler sans trêve, c'est, 6 flots! L'éternel rêve du poète.
Faites-le resplendir au grand soleil d'été Du torride équateur qu'il tente l'aventure; Portez-le dans le monde et dans l'immensité, Afin qu'il garde en lui, sous le soleil d'été, La majesté de la nature.
Entre le ciel et l'eau j'ai cheminé longtemps, J'ai rempli mes poumons de la brise marine :
Mer, rugissante mer que nuit et jour j'entends, J'ai bercé mon ennui sur ta large poitrine.
Merci d'avoir ouvert quelque chemin nouveau A celui que la terre avait banni loin d'elle; Ton incessant murmure apaisa mon cerveau, Je n'entends plus la voix de mon cœur infidèle.
Car il se lamentait sur ses amours défunts, Il saignait du regret d'avoir perdu son rêve; Et tout s'est dissipé dans tes ftcres parfums. Et j'ai tout oublié quand j'ai quitté la grève!
Mes remords sont pareils aux p&les matelots Qui dorment à jamais sous le linceul de Tonde; Qu'ils y restent, roulés par d'innombrables flots. Sans se lever jamais de leur couche profonde.
Et je tendrai les bras vers Tazur immortel
Qui sourit dans sa gloire à mes tendresses vagues ;
Je n'aurai pour amour que la mer et le ciel
En regardant bondir lascivement les vagues!