‹ Les poëmes dorésChapitre 24 sur 31 · LCA SAGESSE DES GRIFFONS · texte numérisé non relu

LCA SAGESSE DES GRIFFONS

Quand, au retour du bal, elle laissa fléchir

Dans le fauteuil ancien sa grâce maladive,

Sa bouche en souriant fit entendre un soupir.

Les roses s’efleuillaient sur sa tête pensive,

Où murmurait encor l’âme des violons.

Son pied avait parfois un spasme mélodique ;

Le mouchoir de dentelle au bout de ses doigts longs Glissait ; et sur les bras du fauteuil héraldique

Ses bras minces et chauds s’étendaient mollement ; Nus, ils laissaient glisser le fragile corsage,

Et sur le sein, après chaque soulèvement,

L'ombre où meurent les fleurs se creusait davantage

Dans sa chair, d’un blanc mat comme le camellia. Mais, me tendant ses bras, lianes odoran tes,

Lentement sur mon col, douce, elle les lia,

Et soupira : Toujours ! de ses lèvres mourantes.

Sur sa tête d'enfant penchée au poids des fleurs,

Le dossier droit et haut montait lourd de ténèbres,

Et là, debout, pleins d'ombre et de vagues lueurs,

Les griffons lampassés prenaient des airs funèbres ;

Car sans doute ils songeaient, sous leur vieux front plissé, À tout ce qu’avaient vu jadis leurs yeux de chêne,

Aux bras évanouis des nuits du temps passé

Qui tous voulaient jeter une éternelle chaîne,

Insensés! sur le col docile de l’aimé,

Ne sachant pas qu’au fond des cryptes ténébreuses, : Tout seuls, pliés en croix sur le sein aemé, Ils s’en iraient où vont les bras des amoureuses.

Car les griffons, debout sous le cimier ducal,

Graves et vieux témoins de nos brèves chimères, S’étaient enfin lassés d’entendre, après le bal,

Les serments éternels des bouches éphémères.

Janvier 1865.

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