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AU BORD DE LA MER

J'écoutais sur un roc & Jes vents & les mers. La vague, en s'y brisant, venait perler ma joue. Comme une aile d'oiseau, la voile sous les airs S'inclinait en penchant son grand mât sur sa proue.

Sur ce roc se dressaient deux frêles arbres verts , Deux jumeaux éplorés, tournant comme une roue Sous la trombe qui fouille au fond des flots ouverts. La vie, autre ouragan, ainsi de nous se joue.

Je me disais, au bruit de ces deux grandes voix.

De ces immensités qui grondent à la fais.

Quand le flot sous les vents en montagnes s'entasse :

« Tout lutte : ces jumeaux contre les vents du nord, Les vents contre les mers, l'homme contre le sort. » Je me disais : « Tout lutte, & c'est en vain... tout passe! »

MOiNTMORENCY.

Coteaux à Tair si pur, aux villas sous l'ombrage, Bois de Montmorency, bois charmants, préférés. Bois où j'ai tant rêvé!... recevez mon hommage.

Salut! ô bois fleuris, pour mon cœur consacrés. . Et vous, qui sourirez de cette préférence.

Parcourez-lés, ces bois, & vous les aimerez.

Je voudrais vivre là; tout a son éloquence.

Tout me parle : arbres, vigne, étang, sentiers en croix;

Et sous lès châtaigniers j'écoute le silence...

Sonorité profonde, où chantent à la fois L'herbe , les moucherons , les plantes rassemblées , Et les fruits mûrissants, mystérieuses voix!

Il me semble parfois, au détour des allées,

Que je vais voir surgir tous ceux que j'ai perdus...

Tous ceux qui m'ont aimé! Feuilles sèches, roulées,

Vous gémissez aussi... Que sont-ils devenus?

Qui sait? autour de moi leurs âmes sont peut-être...

S'ils me voient à présent, hélas! je ne ris plus.

J'ai regardé dehors & fermé ma fenêtre;

Il a fait froid pour moi. Voilà pourquoi mon chant

Est triste. Mais alois que je me sens renaître

Dans ces bois, au soleil qui s'incline au couchant,

Avec mes souvenirs je me plais en arrière.

Je ne suis pas pressé, j'ai mon rêve en marchant.

On arrive toujours au bout de la carrière...

Et conrnie jfe ne puis marcher à reculons.

J'aime de temps en temps m'asseoir sur la bruyère.

Et rêver, comme on dit. Hélas! si nous allons, C'est bien souvent ainsi que l'écureuil en cage; Il s'épuise à courir, & les mêmes jalons

L'arrêtent essoufflé. Je rêve , c'est plus sage. . .

Et puis, je ne crois pas aux grands progrès humains.

Dieu veut ce qui doit être, en tout temps, à tout âge.

Sommes-nous bien pîus grands que les Grecs, les Romains? Eux, avaient-ils fait plus que ceux de Babylone? Sommes-nous plus heureux , malgré nos orgueils vains ,

D'être par un vapeur traînés quand il détonne; D'avoir un éclairage au gaz, & nos portraits Au daguerréotype > Une chose m'étonne.

C'est d'être indifiFérent à d'aussi grands bienfaits. Donc, en rêvant, je crois que les enfants de Rome, D'Athènes, de Paris, sont également faits.

Est-ce que notre époque est plus heureuse en somme?

On trouve de nos jours que tout est encor mal.

Les hommes ont beau faire^ ils ne refont pas l'homme. '

Dans mon rêve, abrité, ce qu'ils font m'est égal.

Les cieux sont toujours purs aux beaux temps de l'année,

Et les bois toujours frais. Dieu seul est libéral.

L'onde est toujours limpide & la pelouse ornée; La fleur est toujours belle & fascine mes yeux. IVlon âme paresseuse aime la destinée.

Je hais le changement & d'idée & de lieux ;

Cela m'ennuie. Assez veulent changer le monde:

J'y trouve encor du bon, moi, bien qu'il soit très-vieux.

Allons, ô ma pensée! allons faire une ronde.

Au beau soleil couchant, jusqu'à Montmorency! Traversons l'Océan. Honni soit qui m'en gronde,

Je suis en Amérique... hélas! liélas! Ainsi, Bonjour, beaux cerisiers où la vigne se lie; Bonjour, halliers touffus, qui m'entourez aussi;

Bonjour , vallée ombreuse où la peine s'oublie. Comme une mer d'azur, tu bordes les chemins; Tu t'étends, orgueilleuse, & toujours embellie

• De tes riches villas dans les arbres lointains. Une poussière d'or se tamise , où scintillent Tes murs dorés, rangés comme dans des écrins.

Les pampres rougissants aux arbres s'entortillent. Perdus dans l'horizon , tes massifs ondoyants ,

Comme une mer houleuse , au soleil jaune brillent

Des cigales j'entends les roulements bruyants; Je vois luire l'étang d'Enghien ; j'en suis la trace Parmi les peupliers & les chalets riants.

Et de ce tertre même, à cette même place,

J'ai peint, à même époque, un même effet de soir,

Voici bientôt dix ans... Oh! comme le temps passe!

Et sur ce monticule où je reviens m'asseoir... En pensée!... une brise, agitant le feuillage, , Conune lorsque le temps menace de pleuvoir.

M'apporta de ces mots où l'on marque la page. Et qui restent gravés en souvenir charmant.

Deux dames, à cheval, rieuses sous l'ombrage,

En passant près de moi, dirent ce que vraiment

Je n^oserais ici répéter, je vous jure.

Tant ce qu'elles ont dit m'était un compliment.

Comme je me rappelle encor cette aventure Arrivée en automne , au beau soleil couchant ! Le métal se dissout; mais un souvenir dure.

Je rentrais aussitôt que j'entendais le. chant De la chouette. Alors, j'avais choisi mon gîte A l'auberge Gosse t. Là-bas, sur le penchant

Où s'étend le, village, un chemin tourne vite Et descend de là place à la route d'Enghien.

C'est Au noble Jeu d'arc ^ où mon humble visite

Était toujours fêtée. Oh ! comme ils aimaient bien L'artiste qu'ils logeaient à leur premier étage, Et qui leur avait peint le portrait de leur chien !

Quand le vent s'élevait & tournait à l'orage, Et que la nuit tombait, j'entendais aux lointains Les murmures confus des voix dans le village,

Et le bruit cadencé des grelots argentins

Du voiturier qui passe & que le souper presse...

Pourrais-je retrouver maintenant mes chemins?

J'avais la blouse bleue, & la boîte traîtresse

Sur le dos. Quel bon temps ! Quand je passais , le soir ,

Les filles m'accostaient, & me prenaient sans cesse

Pour un marchand forain. Elles voulaient avoir Des rubans, des lacets, du cfoton, des dentelles. Des épingles, du fil, gros ou fin, blanc ou noir.

En vain je leur disais : Je suis peintre, mes belles! Et ces bons paysans ! Eux voulaient m'assommer. . . Mes moustaches alors me causaient des querelles.

Et j'étais d'un bâton obligé de m'armer.

Chaque âge a ses chagrins. Salut, ô mes fenêtres! Salut, perron de pierre, où je venais fumer!

C'est toujours la maison, mais non les mêmes maîtres... Je ne les verrai plus... Epoux hospitaliers.

Ensemble ils sont allés retrouver leurs ancêtres :

Toujours, de père en fils, les Gosset, tonneliers.

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