DE GUEULE A TROIS PALS DE VAIR AU CHEF D'OR
M'en allant à Morte^Fontaine,,.
Un soir je traversais la plaine; Le soleil d'or, à l'horizon, Semblait le chef de mon blason.
Comme l'oiseau sur une tombe, Dans l'ombre, chante ses chansons, Sur les débris, quand le jour tombe, Poëte, je trouve des sons.
Je chante, et mon chagrin s'envole; Le bruit fait fuir le corbeau noir.
Pendant ce temps je me console.
Tristesse, adieu! Bonjour, espoir!
Mon âme est très-souvent froissée.
Mon orgueil encor plus souvent.
Quand je me reporte, en pensée, A ce qui fut auparavant...
Mon patrimoine est à la France ; Ils sont fondus, les écus d'or!
Je n'ai plus, par droit de naissance.
Que la vergogne, autre trésor.
Toute noblesse est souveraine. .
Echo bien lointain d'un grand nom, Je ne courbe le front qu'à peine , Et n'implore jamais pardon.
Je ne demande rien, en somme.
Ne flattant pas, on le sait bien, Ma route est solitaire comme] La route où l'on ne gagne rien.
Et de l'art je me glorifie !
Je préfère, acceptant nîon sort, Être de ceux qui Çont la vie.
Que de ceux-là qui font la mort. Et, philosophe par contrainte, Ne trouvant pas le monde laid.
Je n'y veux rien changer, de crainte De le faire moins bien qu'il n'est.
J'ai retenu, sur toute chose, Qu'il faut voir au-dessous de soi; Et quand pour moi tout n'est pas rose , Je regarde au-dessous de moi.
Ainsi, toute splendeur s'efiace...
Mais qu'importe à l'humanité.^ Une autre splendeur la remplace; Et je redis sans vanité :
M'en allant à Morte''Fontaine.., .Un soir je traversais la plaine; Le soleil d'or, à l'horizon.
Semblait le chef de mon blason.
IIO —