LES GRIVES
Les raisifts sont mûrs , Les grives sont soûles ; Je les vois en foules Se heurter aux murs Il en reste quatre Dans mes chasselas, Je puis les abatcre D'un coup d'échalas...
Ce serait indigne D'en agir ainsi :
J'aime tant aussi, Comme elles ,' la vigne !
Joyeux de les voir Choisir dans mes treilles Les grappes vermeilles , Le grain le plus noir, Elles me font rire.
Nargue des chasseurs !
Malgré moi, j'admire Ces oiseaux buveurs.
La récolte est bonne :
Un peu moins de bien Ne me nuit en rien, Et je leur pardonne.
Quand vous revenez / Grives, en automne, ' La mouche bourdonne Et pique mon nez!..
Voilà qui m'outrage!
Vous, sur mes raisins Prenez davantage, Moins chez les voisins.
Mon clos est immense.
Il vaut mille écus !
Quelques grains de plus Sont sans importance.
Prenez garde au plomb^ O grives si lasses; Si soûles, si grasses!
Le conseil est bon.
Gare à la cuisine.
Aux bardes de lard ! Votre chair est fine...
Et, sans plus d'égard, Un gourmand (ô crime !) Arme son fusil.
Fronce le sourcil, Tire,,& vous décime!...
Ne redoutez rien, ' Moi, je rêve & passe.
Gardez votre place , Mangez, buvez bien.
Je vous recommande Mes raisins muscats ; Toute votre bande
£n fait un grand cas.
Mais 9 oiseaux ivrognes^ * Si vous persistez , Aux prochains étés Vous aurez des trognes!