‹ Les poésiesChapitre 113 sur 172 · LES DEUX ÉVÊQ.UES · texte numérisé non relu

LES DEUX ÉVÊQ.UES

A Léon CUdcl

Les fidèles priaient, prosternés sur les dalles : Manants, reîtres, bourgeois venus de la cité, Et seigneurs descendus des aires féodales.

Près d'eux, sur un drap noir de larmes argenté, Un cadavre portant la mitre pastorale Semblait, rigide et blême, un évêque sculpté.

84 Contes ÉPiaf ts

Un prêtre vint, monta les marches en spirale De la chaire, s*assit, ayant toussé d*abord, Et remplit de sa voix la grande cathédrale.

(( Frères, votre pasteur fut très doux et très fort,

« Très fort contre les loups, très doux pour les ouailles. »

Dit révoque vivant louant Tévêque mort.

u Tendre, il dissuadait les hommes des batailles, « Prêchant aux paysans de subir les impôts, <c Conseillant aux seigneurs de réduire les tailles.

« Il égalait, dans son amour toujours dispos,

« Au noble le vilain, le serviteur au maître;

« Et ce berger chrétien n'avait pas deux troupeaux.

« 11 était charitable et se cachait de l'être;

cr II priait pour celui qui l'avait insulté ;

« Donner et pardonner, n'est-ce pas tout le prêtre?

(( Et maintenant, reçu dans le ciel mérite, 0 Assis entre le Père et le Fils, il contemple, « Prie et célèbre Dieu pendant réternité ! »

Contes épiques 8$

Ainsi parlait Tévêque en rhythmant sa voix ample, Quand un cri par la foule en délire poussé Fit trembler les vitraux et les piliers du temple.

Du catafalque noir le mort s'était dressé ! Ses yeux rouverts par un effrayant privilège Regardèrent le peuple à ses pieds renversé.

Il était morne et blanc comme un spectre de neige, Et, tendant la longueur de son bras décharné Vers Tévêque vivant qui tremblait sur son siège,

L'évéque mort cria : « Tu mens ! je suis damné. »

Page 1