‹ Les poésiesChapitre 123 sur 172 · A CELLE QUE JE N'AIME PAS · texte numérisé non relu

A CELLE QUE JE N'AIME PAS

Ta nuque est de santal sous de vifs frisons d'or, Mais c'est une autre que j'adore !

Tes yeux de vermeil vert sont les coupables ciels Des amours artificielles;

Sous tes cils bruns se creuse un pli bruni de k'hol, Où nos désirs vont à l'école ;

Avec Tair d'un naseau qui hume le péril S'enfle ta narine virile ;

Ta bouche étroite et grasse, et rouge, au coin levé. Est comme une fraise crevée ;

Et ton orgueil se rit des pudeurs et du cant, Mondaine aux ardeurs de bacchante !

Des visions de bouge et d^étronge sérail Allument ton cœur sous la faille,

Ton cœur, enfer plus chaud que les feux démodes Des Iblis et des Asmodées !

Mais tout lasse, et tu sais revêtir la pudeur. Domino rose, pour une heure.

Ton boudoir est voisin du confessionnal, Car enfin l'orgie est banale.

Dévote aux doigts mignons dégrafant le missel, Ta traîne à l'église ruisselle é

Iiilermde. 23

Dans ta robe très close, œuvre austère de Worth, Où la tentation avorte,

Pendant VtÂgnus, n'importe, ou le Requiescat, Tu t'agenouilles, délicate.

L'encens s'imprègne, au nez des roses Keroubims, De tes veloutines intimes,

Et, dans cette nuée exquise de pollen, Jésus soupire : « Madeleine I »

Pourtant, si rare et si parfaite que tu sois, Dans une autre, j'ai mis mes joies !

Le long des bois mouillés, selon l'antique rit. Elle effeuille la marguerite;

Elle guette les pas légers ou le vol bleu Du pivert ou du hoche-queue ;

Attentive, et poussant une aiguilli du dé Dans la mousseline brodée^

24 Intermède.

Si fraîche qu'on eût dit la sœur du mois d*avril Avec sa grâce pucrilc,

Et portant un ruban bleu-de-ciel en sautoir Comme dans Tancien répertoire.

Je l'ai trouvée, au bord du vivier, dans le parc. Vous filez mes jours, douce Parque !

Pour toujours, au pcril de n'avoir pas bon air. J'aime cette pensionnaire,

Et j'aurais la folie heureuse de mourir Pour obéir ;\ son sourire!

On m'a conté qu'un jour Jean-Baptiste Lulli, Roi des violons d'Italie,

Après ses Galaors, après ses Aniadis, Tout pleins d'éner\'antes blandices,

De son âme longtemps tourmentée a banni L'art de la per\*erse harmonie,

Intermède,

Ayant ouï, le soir, à l'heure où sur le pré Glisse Tombre de la vesprée,

Plus doux qu'une aria de viole ou de luth, Dans le brouillard, un air de flûte !

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