‹ Les poésiesChapitre 167 sur 172 · ODELETTE GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

ODELETTE GUERRIÈRE

(iJtCKMbRE 1870)

Si j*ai la mine un peu hautaine En ces jours de deuil et d'horreurs, C'est qu'on l'a nommé capitaine Dans un bataillon d'éclaireurs.

Ma meilleure amie en enrage :

Son mari n*est que caporal.

Mais je souris du commérage Avec un dédain martial.

io8 luttrmède.

II est parvenu sans entrave  ce haut point d'avancement Parce qu'il était le plus brave, Comme il était le plus charmant.

Certes, quand il a pris les armes, J'avais le coeur bien anxieux; A force de verser des larmes. J'ai rougi le bord do mes yeux ;

Mais, n'importe, j'ai dit : « Q.u'il parte! » Bien que née au quartier d'Antin, J'ai le cœur des femmes de Sparte Sous mon corsage de satin.

Quoiqu'il me laissât éplorée Et craignant de ne plus le voir.

J'étais ficre d'être adorée De qui préférait son devoir.

Puis il porte avec tant de grâce L'uniforme aux belles couleurs.

Où son grand sabre s'embarrasse, Qu'il faisait sourire mes pleurs.

Intermède,

Au képi rouge qu'on incline D'un air vainqueur, sur le côté, J'ai cousu moi-même, câline, Le triple filet argenté.

En me donnant des airs farouches, Mais qui demeuraient élégants, J*ai touché ses noires cartouches, Sans avoir peur, du bout des gants ;

Et lui, qui part pour les armées.

Riait de mes airs aguerris.

En baisant mes mains parfumées De poudre et de poudre de riz.

J'aurais été jusqu'à le suivre, Vivandière, s'il eût fallu, Et prête à ne pas lui survivre 1 Le jaloux ne l'a pas voulu.

II objectait qu'au corps de garde Les gens tiennent des propos fous, Et que, belle, on vous y regarde Parfois avec des yeux trop doux.

I lo Intertnède,

Mais je n'ai pas peur qu'il m'oublie, Car il a du moins emporté Un portrait où je suis jolie Et qu'il ne trouve pas flatté.

D'une périlleuse aventure Plus d'un revint sauf et vainqueur, A cause d'une miniature Ferme entre la balle et le cceur.

Reviendra-t>il ? heures affreuses !

La canonnade est sans pitié Pour les plaintives amoureuses Que son bruit seul tue à moitié.

Dieu ! si quelque jour à ma porte»

S'arrêtait, présage accablant, La triste voiture qui porte Une croix rouge sur fond blanc !

Le Iront pâle, la lèvre inerte Et l'oeil clos comme lorsqu'on dort, Si, par la portière entr'ouvertc, 11 m'apparaissait mourant, mort 1

Intermède, m

Tu mens, tu mens, chimère noire, Qui me tortures trop souvent I Au jour joyeux de la victoire Je le reverrai bien vivant,

Fier de son poudreux uniforme Et m'apportant, présent exquis, C2}ielque casque prussien, énorme, Que sa valeur aura conquis I

Je mettrai cet objet morose Dans le boudoir aux rideaux sourds Où de silence et d'ombre rose Est fait le nid de nos amours.

Lourd devant la glace légère, Le faite égayé d'un pompon, Il ornera mon étagère Entre deux vases du Japon.

Et, pour humilier la guerre Dont j'eus le cœur si tourmenté, Dans ce casque effrayant naguère.

Maintenant contrit et dompté.

112 Intermède.

Nous cacherons les amulettes De notre amour, billets^ cheveux.

Et le bouquet de violettes Qui t'a fait mes premiers aveux !

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