PRÉLUDE
Qui frappe au balcon? moi, personne ^ V enfant né de rois inconnus.
Qui dort nu-iêie et court pieds nus De ce qui brille à ce qui sonne.
Que me veut-il? Ils sont venus.
Sa guitare et lui, de Solsone,
Cceur qui tremble et bois qui frissonne,
Vous chanter des vers ingénus,
La chanson est-elle jolie?
Elle pleure ; Vair est ancien Et triste jusqu à la folie.
Pourquoi donc ce musicien Pleure-t'il? c'est, doiïa Clélie, Pour ton plaisir, et pour le sien.
32 SérttiacUs.
Wandl'kh in dem Wald des Abends»
In dem trâumerischen WalJ.
Hexri Heine.
Dans la forêt que crée un rêve, Je vais le soir dans la forêt :
Ta frêle image m'apparaît Et chemine avec moi sans trêve.
N'est-ce pas là ton voile fin, Brouillard léger dans la nuit brune?
Ou n'est-ce que le clair de lune A travers l'ombre du sapin?
Et ces larmes, sont-ce les miennes Que j'entends couler doucement?
Ou se peut-il réellement Qp'à mes côtés, en pleurs, tu viennes ?
Séréftades. 3 3
Incessu patuit avis, colore flos.
JOACHtM DU BeLLAT.
Elle marche d'un pas distrait, Légèrement, comme une oisellc ; Elle a Tair d*un lys qui serait Une rose; je n'aime qu'elle.
Elle a des goûts séditieux En fait de vers et de toilettes ; Je n'aime qu'elle. Ses doux yeux Disent : Mes soeurs, aux violettes.
Mais est-elle toujours ainsi Qu'elle m'est, un soir, apparue?
Car voici bien longtemps, voici Bien longtemps que je ne l'ai vue 1
34 Sérénades.
lieu! I.icn*nus infantU 1 u m Ir.at urgent
Jeam SrcoxD.
Kiigucrc, au temps des églantines, J'avais des peines enfantines.
Mon cœur se gonflait sans raison Sous les lilas en floraison.
A rcipirer les chauds calices Je goûtais d'amères délices.
Sous les étoiles, pâle et coi,
Je pleurais sans savoir pourquoi.
Et maintenant je pleure encore, Le long des soirs comme à l'aurore;
En hiver, sur le blanc grésil, Sur les roses pendant l'avril.
Mes larmes tombent à toute heure :
Mais je sais bien pourquoi je pleure !
Sèràiades. j 5
Ros unus, culor unus, cl uiium ni4ne duorum.
AUSCÎCB.
Quand vient l'automne nébuleux Avec ses pâleurs de chlorose, Tu caches les avrils frileux Dans un pli de ta jupe rose.
Les mélancoliques buveurs D'aube vermeille et de roséw' S'en abreuvent dans les saveurs De ta lèvre en songe baisée !
L*i\nu des papillons défunis
(Car octobre a des deuils sans nombre I,
Trouve asile dans les parfums
De tes cheveux poudrés d'or sombre;
Et, renonçant aux longs exils, C'est vers le ciel de tes prunelles Nuage par l'ombre des cils Qpe s'envolent les hirondelles I
36 Sérénades.
Morgen liebe, was bis hcute Kic dcr Liebe sich gefreut.
G. A. BURGCM.
Laisse-les dire ! Nous irons Dans le bois décorer nos fronts De liane et de liserons !
La douleur nVst pas étemelle :
On reverra frémir une aile Sur Téglantier de la venelle.
Sêrènaih'S. 37
Elle reviendra, l»i saison
Des vers luisants sous le gazon :
Les amoureux seuls ont raison.
Quand la sCve gonfle la vigne, La froide neige se résigne A fleurir, lys, à voler, cygne !
Malgré l'effort des envieux, Mes lèvres au bord de tes yeux Boiront des pleurs délicieux,
Et nous fuirons sous les tonnelles, Course folle où tu l'éche vêles, En chantant mes odes nouvelles!
38 Senti ad es.
FlorindA pcrdiô su âor.
ROMANCEKO DU ReT.
Le matin riait, ingénu ;
Tu m'as dit : Viens! je suis venu.
Un peu plus tard, tu m*as dit : Chante I J'ai chanté ta gr;\ce méchante.
Mais vint h nuit, la nuit d*été; Tu m'as dit : Pars ! je suis resté.
Sérénades,
Maïs on souffre toujours un peu, Kèveur sombre, sous le ciel bleu.
Alsikt Mémt.
Ton coiur est d*or pur; tout est vrai, Net et loyal dans ta nature ; Mais Tespoir dont je m'enivrai S'achève en doute et me torture.
Ah! ma sœur, j'ai vu si souvent, A l'heure morne où la nuit tombe, Mes rêves dispersés au vent Comme des plumes de colombe !
40 Sérénades.
Occlluli protervuli!
Ocdluli mollicelli !
Jbam Boxxefoiis.
Tes yeux méchants et captieux Comme le regard des Chimères, Je veux les voir, bien que ces yeux Causent des peines très amères.
Mais tes yeux doux, couleur des cieux, Tes yeux sans haine ni malice, Cache-les-moi : ces tendres yeux InHigcnt un trop dur supplice !
Sérénades. 4 1
Wie schândiich du gehandelt,
le h liab' es den Mcnsdien vcrhchleî.
HLMni Heine.
Jamais aux passants je ne conte Ta honte ni mon mal amer, Mais je suis allé sur la mer Et j'ai dit aux poissons ta honte.
Vous triomphez encor, ma mie, Sur terre ferme, effrontément ; Mais dans tout Tabime écumant On connaît bien ton infamie !
42 Shènades.
Ço dit Isolt : ■ Jo 1' sai pur veir, Sachez que le sigle est tut neir.
Thomas.
Le ciel est très bas ; rien ne bouge Sur la noire mer ; Thorizon Se rapproche, obscure cloison Que défonce une lune rouge.
Où sont les joyeux promontoires Dorés par le soleil levant?
Mon vaisseau qui n'a plus le vent Laisse pendre ses voiles ncôres.
Sérénades. 43
In der Nacht ! In der Kacht !
COMTR DE PlATBX.
Lune froide et sans aur«5olc, Avec des langueurs de créole Vous rêvez douloureusement Dans l'infini du ciel dormant,
Tandis que, des claires fontaines, Comme un son de flûtes lointaines, S'exhale vers les cieux blafards La tristesse des nénuphars !
Si'rénadcs.
Yo sospccho
Que en estos disgustos ay Algunos guttos secrctos.
LoPE DE Veca.
Querelleuse, va! J'aime cncor Ton regard quand il se courrouce, Car dans tes yeux d'émail et d'or La colère elle-même est douce.
L'amour aux délicates lois, Sur la lèvre qui nous attire Se plaît i\ faire quelquefois Succéder la moue au sourire.
Prudent, il donne aux amoureux, Pour chasser les langueurs moroses Qiii bercent les cœurs trop heureux, Les querelles, ces fouets de roses.
Sérénades. 45
So liath it been, so bc it ; For who sluU live and flce it ?
Algerxosi C Swixburkk.
Un jeune pâtre chante au bois, Et Técho dit : « Je suis la voix ! »
Sous la vitre qu'un rideau voile La lampe dit : a Je suis étoile I »
Aux lacs où le roseau se plaît, « Je suis roseau, » dit le reflet.
Mais plus fausse, oh ! plus fliusse encore, La voix qui m'a dit : « Je t'adore ! »
46 Sérénades.
Cor mibî te furto surripuîsse queror.
TllÉOrORE DE Béze.
Dans Betlîsaïde, en Galilée, Qijand Tépoux a baisé les yeux De la vierge enfin dévoilée,
Il la conduit, mystérieux, Par des escaliers et des routes Sans nombre, au trésor des aïeux.
Sérénades. 47
a Resplendiss;intes sous les voûtes, Voici mes richesses, dit-il ; Elles sont à toi seule, toutes. »
Ulduméenne au doux profil Répond d'une voix plus légère Que le chant du souffle en avril :
« Le ciel confie à Tétrangère
Tes trésors, pour qu'elle en ait soin
Comme une bonne ménagère. »
Or, un soir, grave, sans témoin.
Dans l'ombre d'une vague allée.
J'ai conduit une femme, au loin ;
Pareil au Juif de Galilée,
J'ai soumis à Tamour vainqueur
Mon opulence inviolés.
« Chère femme I Voici mon Cœur Ruisselant, comme un noble vase, D'une chaude et rouge liqueur!
48 Sérètiades.
Voici mon Ame où vit Tcxtase
Adorable des paradis
Épars S0115 les brumes de gaze ;
Ame-cygne des lacs tiédis Par le jour sans fin qui caresse Les Édens à l'homme interdits ! »
Et lorsque j'eus, dans ma tendresse,
Livré mon trésor opulent,
Je m'endormis, bonne maîtresse.
Mais toi, furtive, reculant
Le long des rampes, sans chandelle,
Tu t'es enfuie en me volant,
Comme une servante infidèle I
->sj^<-
Sérénades. 49
Da sass ein loscs Kdnnclien D.1S ihat, aïs wcnn es schlicf.