‹ Les poésiesChapitre 69 sur 172 · LE MAUVAIS GUIDE · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS GUIDE

LE GUIDE

Au coup de fouet du vent qui lui cingle les reins La Navale se cabre, et rue, et mord les freins; Saute en croupe, et saisis la bête par ses crins !

LE VOTAGIUR

Cruel avertisseur, tu devances Taurore 1

C'est la veilleuse, et non le jour nouveau, qui dore

La tiédeur de Talcôve ensommeillée encore.

48 Soirs itwroîcs.

LE GUIDE

Viens! sors du lâche lit, viens! romps l'étroit sommeil ! Et, l'œil joyeux, regarde à l'orient vermeil Ta gloire se lever comme un jeune soleil !

LE VOYAGEUR

Longtemps elle m'aima, la maison grave et bonne Où chaque meuble est cher autant qu'une personne. Où c'est avec un bruit connu que l'heure sonne.

LE GUIDE

Fouille le flanc qui fume à grands coups d'éperons. Louvres aux balcons d'or, sérails aux dômes ronds, Ils sont beaux, les palais que nous te bâtirons !

LE VOYAGEUR

Sous la grêle saulaie où l'aube se tamise, Jeanne passait avec des fleurs â sa chemise. Et c'était ma voisine, et c'était ma promise.

LE GUIDE

Lâ-bas, avec des bruits de baisers, par essaims. Les lentes nudités des femmes aux beaux seins Se pâment dans la pourpre ardente des coussins !

Soirs moroses. 49

LE VOTAGEUR

Hélas! pour- enchaîner ma fuite pécheresse»

Ma mère aux bras tremblants, qui sur le lit se dresse,

Prolonge dans le vent qui me suit sa caresse I

LE GUIDE

Laisse-la, puisque un dieu t*a marqué de son sceau, Geindre quelque vieil air en tournant son fuseau. N'cs-tu point las encore, homme, de ton berceau ?

LE VOYAGEUR

Attends I j'ai vu sombrer sous le flot qui le broie Mon frère, mon ami dans la peine et la joie ; Grâce ! arrête I Je veux le sauver ! Il se noie !

LE GUIDE

Dans un bruit glorieux de fête, par milliers, Prêtres et magistrats, barons et cavaliers. T'attendent seul au bas des royaux escaliers.

LE VOYAGEUR

Ah ! je ccJc. En avant ! plus loin ! le sort m'emporte ! Cent héros vêtus d'or me feront une escorte. Mon trésor est-il plein? Ma ville est-elle forte?

50 Soirs moroses.

LE GUIDE

La voici I Marche, ô roi des royaumes rêvés, Sous les drapeaux des arcs, sur les fleurs des pavés. Frère des dieux, salut I nous sommes arrivés.

LE VOYAGEUR

Quoi! la itiit? Quoi! le vide? Un ciel de poix surplombe

Une obscure rondeur terreuse qui se bombe

Auprès d'un trou plus noir qui s'enfonce... La tombe!

LE OUtDE

Oui, c'est elle. Et bénis son ombre, vain flambeau ! Que demanderais-tu de meilleur, de plus beau, Ingrat mortel, à qui t'a donné le tombeau ?

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