‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 2)Chapitre 13 sur 95 · TRAVESTISSEMENTS · texte numérisé non relu

TRAVESTISSEMENTS

Petit voile rose au menton, D*où nous est venu ce dicton ; « Du côté de la barbe est la toute-puissance. »

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'autre nuit, comme ils étaient onze Qui soupaient à la Maison-d'Or, Sous une table aux pieds de bronze Deux d'entre eux parlaient d'elle encor.

Elle est morte, c'est grand dommage, La perle du quartier Bréda I Mieux eût valu pour ce voyage Voir partir Rosine ou Léda.

C'était une petite blonde.

Née à seize ans et morte à vingt ;

Enfant qui trop tôt vint au monde, Enfant qui trop tôt s'en revint.

Un des princes de la finance L'avait sortie on ne sait d'où.

Chez elle éclatait l'élégance ; Il l'entourait d'un luxe fou.

Dans les plis d'un peignoir cachée, Le cœur et les yeux assoupis, Elle passait son temps couchée Sur les fleurs de son grand tapis.

Nulle n'était plus provocante Dans nos nuits de bruyant gala; A la fois marquise et bacchante, C'était Clorinde! Pleurons-la.

Adieu, notre jeune compagne !

Tu t'en vas au milieu du jour, L'estomac ruiné de Champagne Et le cœur abîmé d'amour.

Un menuisier, une portière, Deux personnes uniquement, La suivirent au cimetière :

Sa mère et son premier amant.

oiLA Cadix! — s'écrie un passager, Le doigt tendu sur les humides lieues.

Et, tout au loin, je vois se prolonger

La ligne blanche entre deux lignes bleues

Q.ue précisa Byron d'un trait léger.

Je pourrais bien, sans être trop sévère,

Sur ce bleu-là chicaner aujourd'hui :

On est en mai, le soleil n'a pas lui,

Et rOcéan soulève un front colère.

J'ai débarqué. Que c'est propre et charmant !

Que c'est joli I la gracieuse ville !

Comme on y marche à couvert fraîchement, Et que la vie y semble être facile !

(Je n'en voudrais ôter qu'une odeur d'huile Qui vous saisit au nez étrangement.) Mais quel brillant et coquet assemblage De dômes blancs, de terrasses, de tours!

Quel dentellier rêva ce découpage Et sur le ciel en fixa les contours ?

Chaque maison, comme une cage verte.

Porte un balcon aux fers peinturlurés.

Laissant tomber par la vitre entr'ouverte Un pan d'étoffe et des oeillets pourprés.

Ces cages-là, dont le nombre est immense.

Ces cages-là renferment des oiseaux Tels qu'il n'en est nulle part de plus beaux ; On vient de loin entendre leur romance.

C'est à la nuit que s'ouvrent leurs barreaux ; Or, ces oiseaux ce sont les Andalouses.

Elles s'en vont, la dentelle aux cheveux.

Le pied sans ombre et l'amour dans les yeux,

A la. clarté des étoiles jalouses.

Leur teint est pâle, avivé d'or ardent ; Puis elles ont ces fameuses cambrures QjLie Féventail scande avec ses murmures.

Et ce sourire agaçant et qu'un rien — Loin de Cadix — ferait parisien.

Non, il n'est pas de ville plus accorte Et mieux serrée en ses riches atours.

Cette Cadix est neuve ; mais qu'importe 1 De ce neuf-là, donnez-m'en tous les jours.

Heureux celui qui, sous ses colonnettes.

Fait de sa vie un hymne aux cigarettes !

J'en étais là de mes ravissements,

Posant le pied sur toutes les demeures.

Ravi surtout des cours intérieures

En marbre blanc, avec mille ornements,

Où les jets d'eau sèment les diamants ;

Lorsque soudain une enseigne apparue

Vint me causer des éblouissemeuts ;

Deux mots — pas plus — avaient frappé ma vue,

Mais ces deux mots tenaient un mythe entier, Car ils disaient tout haut : « Bertrand, bottier. »

Je crus tomber au milieu de la rue.

Bertrand, bottier! là, tout tranquillement.

Dans le pays des fleurs et des guitares.

Auprès des flots soulevés chaudement.

Dans cet azur, dans cet enchantement.

O raillerie et témérité rares 1

Bertrand, bottier. Pas autre chose, — un point.

Es-tu content, ô progrès 1 n'as-tu point A souhaiter encore d'autre palme?

Fi du poème ! honneur au magasin I Bertrand, bottier ; en efFet, c'est la fin, La fin naïve et la conquête calme.

Ne parlez plus de César, d'Attila ; L'envahisseur, le barbare, le maître.

L'homme du sort, regardez, le voilà :

C'est ce Français, Parisien peut-être.

Bertrand, bottier, sera suivi dans peu De Jean, crémier, et de Dubois, lampiste ;

Puis, les brasseurs s'en viendront à la piste. Adieu, Cadix! rêve et rayons, adieu I

Rimeurs, rimeurs, craignez, dans vos vertiges. De rencontrer comme moi l'homme aux tiges !

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