‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 2)Chapitre 17 sur 95 · I08 UNE INTRIGUE AU BAL DE L'OPÉRA · texte numérisé non relu

I08 UNE INTRIGUE AU BAL DE L'OPÉRA

Il s'agit d'un gandin qui, lors du dernier bal, Vit un domino sombre et d'un maintien moral.

Il l'accosta soudain et le voulut railler; Mais l'autre le fit taire et sut l'entortiller.

Ce gandin était jeune; il avait un col droit. Un pantalon trop large, un chapeau trop étroit ; Et son habit bleu-prune, éblouissant à voir.

Ressemblait par le bas au bec d'un sifflet noir.

Son visage, rasé de frais dans le milieu.

S'ornait sur les côtés de deux buissons de feu. Agrément qu'on appelle, ailleurs comme à Paris, Nageoires chez le bar, — chez l'homme favoris.

Le coquet domino, sous de simples dehors.

Paraissait receler de ravissants trésors.

Deux astres noirs perçaient le satin de son loup;

De main comme la sienne on n'en voit pas beaucoup.

Par la foule pressé, vers elle se penchant.

Le gandin murmurait ces mots, tout en marchant :

UNE INTRIGUE AU BAL DE l'OPÉRA IO9

« Quelle taille ! quels pieds 1 quels cheveux en forêt I » Elle, tranquillement, dit : « On en mangerait. »

Continuant toujours d'affronter le péril ; « Un méchant petit cœur là-dessous battrait-il? « due ne suis-je celui qui pourra le toucher 1 » Elle lui répondit : « Ça vous ferait loucher. »

Le gandin confondu lui demanda pardon.

Et, se sentant blessé par le dieu Cupidon, Finit par obtenir son absolution :

« Mais j'y mets, lui dit-elle, une condition.

« La valse qu'à présent on vient de commencer, « Vous allez avec moi sur-le-champ la danser. « — Mais, lui répondit-il, je ne suis pas masqué, , « Et par tous mes amis je serai remarqué.

« — Monsieur, fit-elle alors d'un accent dédaigneux, a Craint de se compromettre avec moi-, c'est au mieux... » Il ne répliqua pas, mais au bout d'un instant Dans la foule ils allaient tous deux pirouettant.

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Ses amis, aux abois et fronçant le sourcil, Disaient ; « C'est une horreur! à quoi donc pense-t-il? » Et tout le Club, penché sur le bord du balcon, Semblait pétrifié comme Laocoon.

La valse terminée, enfin il respira ; Mais quand autour de lui son œil timide erra, Il ne trouva qu'airs froids, sévères, irrités. On l'appelait tout haut commis en nouveautés.

Pour cacher sa rougeur, poussant vers le café, Il feignit tout à coup d'être fort échauffé.

« Allons, murmura-t-il, nous rafiraîchir un peu. a Prendrez-vous un sorbet, ô bel ange à l'œil bleu?

« — Un sorbet? Oh! la, la! Tu ne le voudrais point ! » Et, frappant sur la table avec son petit poing, L'enfant aux yeux d'azur : « Constantin 1 un soda ! » Le gandin : a Je ferai comme vous, ma Léda. »

« Un soda ! » répéta longtemps l'écho moqueur ; Et soudain accourus, tous ses amis eu chœur

UNE INTRIGUE AU BAL DE l'oPÉRA III

Répétèrent : « Il prend un soda ! Comprend-on ?

« Cet homme n'est plus rien chez les gens du bon ton ! »

Or, lui, croisant les bras, à sa compagne il dit : « Vous m'avez fait près d'eux tomber en discrédit ; « Ne m'en verrai-je pas par vous récompensé? » Elle lui répondit : « Vous êtes bien pressé ! »

Et comme il poursuivait ses propos délirants, Elle ajouta ; « Bébé, je suis chez mes parents. » Le gandin s'écria : « Cela m'est bien égal, « Fais-moi connaître leur domicile légal. »

Pudiquement : « Mon cher, cela ne se fait pas ; « Mais vous pouvez pourtant accompagner mes pas, « Et, lorsqu'un sans ressorts m'emportera d'ici, « Vous installer derrière et tout apprendre ainsi.

« — Monter derrière un char ! » exclama le gandin. Plein d'un noble courroux ; « ah ! c'est trop de dédain 1 « Cette preuve d'amour, ne l'espère jamais I « J'aime mieux renoncer à t'aimer désormais.

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