‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 2)Chapitre 38 sur 95 · LA LEÇON DE FLUTE · texte numérisé non relu

LA LEÇON DE FLUTE

Et je me surprenais, en marchant, à songer :

« Je veux dire à mes fils les leçons du berger, « Leur tailler des pipeaux, et leur faire comprendre « A quel point Tart est doux, consolateur et tendre ! »

Je raisonnais ainsi, quand soudain, au détour D'une place, je vis dans le fond d'une cour Un homme pâle, usé, front courbé par la lutte. Il tenait aussi, lui, dans sqs doigts une flûte ; Et son chapeau fangeux, sur le pavé placé, Dénonçait la misère et Torgueil terrassé.

Or, je ne sais par quel sortilège exécrable.

Dans cet homme flétri, dégradé, lamentable.

Je revoyais l'enfant du tableau contemplé, Les traits purs de l'enfant sérieux et bouclé. — Ainsi fait le hasard en ses jours d'ironie. — Je m'enfuis, inclinant ma tête rembrunie.

O musique 1 ô tableaux ! ô Sicile I ô verger !

Mes fils ignoreront les leçons du berger.

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u'est-ce que c'est donc qu'un harem ?

Demandait la jeune Euphrasie Au peintre blond nommé Wilhem, Coloriste retour d*Asie.

— Tiens, dit-il, ô cœur ingénu I En lui désignant une ébauche Où plusieurs femmes au sein nu Chantaient l'hymne de la débauche :

156 UN HAIU-M

Or, vermillon et bleu lapis ; Vois, un harem, c'est une chambre Pleine de fleurs et de tapis.

De coffrets et de senteurs d'ambre.

De flacons, dç trépieds brûlants, De gaze, de coussins, de soie.

De grands plateaux étincelants, Fouillis où le regard se noie !

Par dessus tout, des flots de chair, Quinze créatures groupées, Ayant toutes coûté très-cher, Et savamment inoccupées.

Il en est de tous les pays :

Race maure, latine, franque ; De r Egypte où croît le maïs, De la France où fleurit la banque.

L'une, soulevant ses cheveux Par un geste de canéphorc,

Montre au fond de ses deux grands yeux Une caverne de phosphore ;

L'autre, pleurant son Roméo, Dans un coin, rêveuse et bizarre, Éveille une âme de guitare, Comme dirait notre Théo ;

Celle-ci, dont la roideur place L'état civil dans le Thibet, D'une lèvre boudeuse agace La neige rose d'un sorbet.

D'autres qui n'ont point de gaze, elles.

D'un bras lourd venu d'Amalfi Caressent le flanc des gazelles.

— Oh ! Wilheni, des calembours, fi !

— Celle-là, d'un écran de plume, Irlandaise au buste accoudé, Apaise les souhaits qu'allume

Un sultan sans cesse attardé.

— Un sultan? s'écrie Euphrasie.

Wilheni, dit-on, a reparti :

— Oh ! j'ai vu les harems d'Asie Quand le sultan était sorti.

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