‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 2)Chapitre 44 sur 95 · BOURGOGNE ET BORDEAUX · texte numérisé non relu

BOURGOGNE ET BORDEAUX

Eîîây plus discrète en sa flamme,

Souril d'un sourire coquet...

Le vin de Bordeaux, c'est la femme.

OTHff^o^

A belle est dans son panier ;

— Trotte, trotte, ma petite !

Sous le soleil printanier Son cheval l'emporte vite.

Légère comme l'osier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — De Vincenne au vieux quartier Elle a franchi la limite ;

Tandis que, flot moutonnier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — Le Paris palefrenier,

Grelots au vent, lui fait suite!

Tout le fautourg ouvrier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — Pour rire et s'extasier.

Bruyant, s'aligne et s'agite.

Mais alors sans sourciller,

— Trotte, trotte, ma petite ! — A flageller son coursier

Sa main fluette s'excite.

Car maint regard rancunier

— Trotte, trotte, ma petite ! — La poursuit dans son panier.

Qu'est-ce donc qui les irrite?

On ne saurait le nier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — Sa toilette est du dernier

Goût ; sa robe a du mérite.

J'aime à la voir manier

— Trotte, trotte, ma petite! —

Ses guides, en écuycr Qui ne bronche ni n'hésite.

Aussi pourquoi, rêve altier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — Mettre en ce faubourg grossier Une carte de visite?

Vit-on jamais marier

— Trotte, trotte, ma petite ! — A. la fleur de l'églantier

La pomme de terre frite?

Un manant très-familier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — Soudain vient à s'écrier :

« Excusez ! ma sœur Brigitte ! »

Il sortait de l'atelier :

— Trotte, trotte, ma petite ! — L'accent de Paulin Ménier N'excuse pas sa conduite.

Qu'il remonte en son grenier ;

— Trotte, trotte, ma petite ! — Mais, bah ! pour le renier.

Mignonne, t'en voilà quitte.

Ce faubourg trop chicanier,

— Trotte, trotte, ma petite ! — Ton cheval, sans l'en prier,

L'a dépassé tout de suite.

Conduis ton joli panier;

— Trotte, trotte, ma petite ! — Le boulevard tout entier

A recommencer t'invite.

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