‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 2)Chapitre 48 sur 95 · DRAGON IVRE · texte numérisé non relu

DRAGON IVRE

Un villageois sentant encore la luzerne.

Il murmurait ces mots : « Permission... caserne... »

Là-bas, de l'horizon descendant les degrés Dans un entassement de nuages dorés, Le soleil se couchait du côté de Grenelle; Mais cet astre indiscret offusquait la prunelle De ce dragon. Son casque, essayant un essor, Sur son front en sueur flamboyait, globe d'or. Les passants s'en allaient dîner, et les familles Évitaient le guerrier, surtout les jeunes filles, Non pas que son allure eût rien d'inquiétant Pour la pudeur... Jamais! Lui, vertueux. Pourtant, Il souriait aux voix qu'il paraissait entendre ; A sa lèvre entr'ouverte un refrain semblait pendre. Tel passait ce dragon, buttant à chaque pas, Menaçant de crouler, et n'ayant même pas Cet instinct révolté qui fait que l'on se cabre, S'emberlificotant les jambes dans son sabre.

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