‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 3)Chapitre 13 sur 102 · DIX- HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIX- HUITIÈME SIÈCLE

Sur ce tabouret-là souffrez que je m'assoie;

Je détournerai l'œil autant que vous voudrez,

Et vous ferai passer votre mule de soie

Entre les deux rideaux, quand vous vous chausserez.

r. ./iii

E soir vient ; le bruit de l'enclume Va s'éteindre dans un moment ; Le chœur des marmots dans la brume Se débat plus confusément.

A mon pas relevant la tête, Grogne un chien fidèle et crasseux.

Va, ce n'est rien, ma bonne bête, Rien que le pas d'un paresseux. ^

Je m'arrête auprès d'une ferme; La chandelle vient d'y briller :

Aux fentes des volets qu'on ferme Je vois les apprêts du foyer.

Sur la table la ménagère Pose le cidre aux flots mousseux.

Honnêtes gens, paix et prière !

Laissez passer un paresseux.

L'ouvrier, dont la tâche est faite.

Sourit aux siens d'un regard doux ; De sa femme il penche la tête, Il prend l'enfant sur ses genoux.

Sueurs du front, gloires de l'àmc !

Hélas ! je ne suis pas de ceux Q.ui savent nourrir une femme.

Laissez passer un paresseux.

Adieu ! je ne suis pas des vôtres, Je n'ai pas d'outils dans les mains ; De mes stériles patenôtres Je fatigue en vain les chemins.

Errant, j'ai laissé passer l'heure, Poursuivant un métier clianceux.

Aimez, travaillez, moi je pleure; Laissez passer un paresseux.

Allons, remettons-nous en route, Puisqu'aucun bonheur ne m'est dû.

Tout dans cette nuit qui m'écoute Dit à mon regret : Temps perdu !

Honte sur moi si je succombe !

Ces gens, ils peuvent mourir, eux.

Mais moi, je volerais ma tombe!...

Laissez partir un paresseux.

Écrit dans un faubourg Je Nantes.

Î5^ i^ «r^ d^ «J^ ir^ ir^ S^rz ri rX ri» r% rT» r7i rta

Page 1