‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 3)Chapitre 51 sur 102 · DRAGON IVRE · texte numérisé non relu

DRAGON IVRE

N dimanche d'clé, sur le quai Malaquais.

Derrière lui j'allais, et je le remarquais. Vacillant, ce dragon se frayait des passages A travers tout le monde, et gênait les gens sages. Il suivait lourdement le long du parapet, Et, de l'autre côté rebondissant, frappait Les bancs verts du trottoir ou salissait aux ormes Le cuir qui tapissait ses pantalons énormes. Les litres avaient mis dans son regard l'azur Q.ui fait que l'on réclame avec instance nn muï< Professeur de feston, artiste en astragale, L'opinion d'autrui lui semblait fort égale, Et ses gestes n'avaient rien qui leur commandât. On devinait en lui, sons l'habit du soldat.

Un villageois sentant encore la luzerne.

Il murmurait ces mots : « Permission... caserne... »

Là-bas, de Thorizon descendant les degrés Dans un entassement de nuages dorés, Le soleil se couchait du côté de Grenelle; Mais cet astre indiscret offusquait la prunelle De ce dragon. Son casque, essayant un essor, Sur son front en sueur llamboyait, globe d'or. Les passants s'en allaient dîner, et les familles Évitaient le guerrier, surtout les jeunes filles, Non pas que son allure eût rien d'inquiétant Pour la pudeur... Jamais! Lui, vertueux. Pourtant, Il souriait aux voix qu'il paraissait entendre: A sa lèvre entr'ouverte un refrain semblait pendre. Tel passait ce dragon, buttant à chaque pas, Menaçant de crouler, et n'.iyant même pas Cet instinct révolté ijui fait que l'on se cabre, S'embcrlificotant les jambes dans son sabre.

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