ENCORE MONACO
Monaco l'on chasse et l'on déchasse.
Point n'est besoin pour cette chasse-là De cors sonnant et de limiers de race. On y va seul, tout comme me voilà.
Et cependant, en Inde ou dans la Thrace, Dans les halliers qu'on n'ose traverser, Oncques ne vis animal plus vorace Que l'animal que l'on y vient forcer.
A Monaco l'on chasse et l'on déchassc .
Cet animal à la triple cuirasse, Qui sait braver et le plomb et l'épicu ; Sirène, sphinx, méduse à l'œil qui glace. Monstre charmant dont on a fait un dieu,
C'est la Fortune ! Espérance ou menace ! Elle a place son trône dans ce lieu.
Pour la dompter, l'or de Richard Wallace Et des Rothschild serait encor trop peu. A Monaco l'on chasse et l'on déchasse.
Mais elle est femme avant tout, et se passe Plus d'un caprice étonnant ou moqueur.
Maint beau garçon, ne payant que d'audace, Est, pour un soir, devenu son vainqueur. Mais moi qui perds et qui fais la grimace, Ayant trop mis sur les « six du milieu, » Pour prendre l'air je vais sur la terrasse. L'air! voilà tout ce que j'ai pris au jeu. A Monaco l'on chasse et l'on déchasse.
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Malaga débarqué
Depuis moins d'une semaine.
Mon cœur, mon cœur attaqué Court déjà la prétentaine.
J'avais douté de Monpou, Et, froid comme une banquise, Nié la brune marquise D'Amaëgui. J'étais fou.
La mantille, l'œil qui flambe, L'éventail, le falbala.
C'était donc vrai, tout cela, — Jusqu'au poio;nard à la jambe !
Elles sont deux sœurs ici, Qii'il faut aimer ou maudire ; J'irai même jusqu'à dire Qu'elles sentent le roussi.
J'userais trente guitares A célébrer leurs appas :
Leurs dents sont des perles rares:
Leurs cils n'en finissent pas.
L'épithète de gentilles N'est point celle qu'il leur faut.
Ni femmes ni jeunes filles :
Espagnoles ! c'est le mot.
Où les ai-je rencontrées?
A l'Alameda, parbleu !
Par une de ces soirées Langoureuses sur fond bleu.
Une odeur de sortilège Sur-le-clianip me subjugua.
A présent, ô Malaga,
De tes murs quand sortirai-je ?
Le matin, j'essaie en vain De répandre sur ma flamme Un vin ! un vin noir ! ! un vin ! ! Toujours brûle ma pauvre âme.
Combien de temps durera Ce déplorable incendie?
A vos pieds je psalmodie, Mon Inez ! ma Juana !
Donc, le matin à la cave, Le soir à l'Alameda ; Ecris-moi, mon cher Gustave :
« Cœur restant, à Malaga. «