EXCELSIOR
l-A nuit tombait sur un village, Dans les Alpes; il était tard, Lorsqu'un jeune homme au front sauvage Passa, portant cet étendard :
Excelsior !
Son œil étincelait, étrange, Comme l'acier d'un glaive nu.
Comme le clairon d'un archange, Sonnait son langage inconnu :
Excelsior !
Il voyait les feux de famille Chauds et clairs au fond des logis; Mais vers les pics où l'éclair brille Il allait, répétant ses cris :
Excelsior !
excelsior! 3o3
« Ne dépassez pas notre porte î »
Disait un vieillard suppliant; « Restez! car la tempête est forte! »
La voix répétait en montant :
Excelsior l
« Restez! » disait la jeune fille; « Dans mes mains posez votre front; « Attendez que l'aube scintille... »
Mais toujours la voix de clairon :
Excelsior I
Le lendemain, avant l'aurore, Les moines du couvent voisin Entendirent dans l'air sonore Comme un cri suprême et lointain :
Excelsior !
Un voyageur, au pied d'un arbre, Par leurs chiens fut trouvé bientôt.
11 tenait dans ses doigts de marbre L'étendard où luisait ce mot :
Excelsior !
Sur les monts que le soleil dore Il rêvait son rêve éternel, Et, comme tombe un météore, Tomba ce cri du haut du ciel :
Excelsior !