LE PARESSEUX
OD
L'ouvrier dont la tâche est faite; Sourit aux siens d'un air doux; De sa femme il penche la tète, Il prend l'enfant sur ses genoux.
Sueurs du front, gloires de Tame !
Hélas! je ne suis pas de ceux Qui savent nourrir une femme.
Laissez passer un paresseux !
Adieu ! je ne suis pas des vôtres, Je n'ai pas d'outils dans les mains; De mes stériles patenôtres Je fatigue en vain les chemins.
Errant, j'ai laissé passer l'heure, Poursuivant un métier chanceux.
Aimez, travaillez, moi je pleure ; Laissez passer un paresseux.
Allons, remettons-nous en route, Puisqu'aucun bonheur ne m'est dû.
Tout dans cette nuit qui m'écoute Dit à mon regret : Temps perdu !
Honte sur moi si je succombe!
Ces gens, ils peuvent mourir, eux.
Mais moi, je volerais ma tombe!...
Laissez partir un paresseux.
Ecrit dans un faubourg de Nantes.