CHANSON DE TABLE
A LUS blanche que l'hermine blanche, La nappe appelle le banquet; La girandole à chaque branche Concentre la flamme en bouquet.
Sur la serviette en pyramide Les convives cherchent leurs noms; L'œil brille, la lèvre est humide; C'est l'heure où l'on dîne. — Dînons!
Majestueux comme un notaire, Debout derrière mon fauteuil, Un garçon dit avec mystère :
« Monsieur, saint-estèphe ou bourgueil? » Les pieds glacés, l'aï frissonne.
Honneur aux dieux que nous servons!
Demain je n'y suis pour personne.
C'est le soir où l'on hoir. — Buvons!
I02 CHANSON DE TABLF
Que tout brille et s'épanouisse,
Les parfums, les cristaux, les sons !
Qu'au bruit de nos coupes s'unisse
Le tapage de nos chansons !
Que chacun de nous improvise.
Même des vers de mirlitons!
Siraudin est maître en devise ;
C'est l'heure où l'on chante. — Chantons!
Est-ce Clémentine? est-ce Estelle Qui sur mon épaule s'endort, Laissant pendre un bout de dentelle Dans le Champagne aux perles d'or?
Mon œil, sous le mouvant corsage, Entrevoit la neige des monts.
La plus folle, c'est la plus sage...
C'est la nuit où l'on aime. — Aimons!