‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 65 sur 179 · LA VIE ET LA MORT D'UN HANNETON · texte numérisé non relu

LA VIE ET LA MORT D'UN HANNETON

U'ou sors-tu, bon camarade ?

De la terre, c'est certain.

Plus tard, d'un chêne hautain Tu choiras dans la salade.

Je suis aise de te voir.

J'aime ta lourde mimique.

Gauche et lent à te mouvoir, Tu confines au comique.

Ton habit propre et marron, D'un beau marron de finance.

Te donne Tair d'un baron, Riche, sans impertinence.

Je crois que des plans confus Se disputent dans ta tcte.

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On dit, quand ton pas s'arrête, Que tu comptes tes écus.

O la naïve légende !

Ainsi me sont expliqués Dans ta pesanteur si grande Tes efforts si compliqués

Et les graves tentatives Que, pour prendre ton essor, Font tes sacoches rétives, O comptable chargé d'or !

D'abord, comme un parapluie, Tes larges basques — décors — S'ouvrent, laissant de ton corps Paraître l'anatomie.

De ton hésitation

Nous suivons toutes les phases,

Et la palpitation

De tes transparentes gazes.

A quoi bon tant de façon ?

Pourquoi cette âme indécise ? Vas-tu t'envoler? — Oui. — Non.

— Non. — La partie est remise.

Tu voudrais, tu ne peux pas, Ou tu ne veux pas. Mystère!

Un souffle inconnu d'en bas Semble te clouer à terre.

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C'est en vain que les marmots T'excitent par la parole, En criant : « Hanneton, vole! »> Tu restes sourd à leurs mots.

Ils jurent tous par saint George, En te menaçant du poing, Qu'ils te couperont la gorge...

Hanneton ne vole point.

Mais vienne un caprice étrange, Et soudain, épais barbon, Dans une brise qui change Tu t'élances d'un seul bond!

Et dès lors, ce sont des passes, Mille et mille tournoiements, Des dévorements d'espaces, D'insensés bourdonnements.

Il n'est vitre où ne se cogne Ton aveuglement ailé, Sans mesure, sans vergogne.

Fou, délirant, boursouflé!

• Ivre parmi les plus ivres!

C'est un tableau scandaleux

De voir sur de tels fonds bleus

Un pareil teneur de livres.

Et tes écus si nombreux,

Qu'en fais-tu "r Par les ravines,

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Les champs et les aubépines, Tu les sèmes, malheureux !

C'est surtout dans les soirées Brûlantes du mois de juin, Que tes troupes enivrées Font courir le tambourin,

A l'heure où le crépuscule Met ses suprêmes chaleurs, Lorsque l'horizon recule Et se fond en rouges pleurs.

Alors, dans cet incendie, Haussant le vol et le ton, Monte ta note étourdie...

C'est le chœur du hanneton.

Longtemps sans repos ni trêve.

Défiant même l'éclair.

Ton essaim, comme en un rêve, Emplit et fatigue l'air.

Mais, ô destin périssable !

Tout à coup, roi des lourdauds.

Tu retombes sur le sable, Sur le sable — et sur le dos.

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