‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 70 sur 179 · LA FORTUNE DU POT · texte numérisé non relu

LA FORTUNE DU POT

VJm pot-au-feu l'odeur est importune A quelques-uns : c'est affaire de goût. Moi, je l'estime; et pourtant j'y mets une Condition : c'est que rôt et nigoùt Escorteront la pièce un peu comrnune.

Certain quidam, doué d'un fort bagout, Me répétait : « Venez donc, a la brune, a Un de ces jours, dîner à la fortune « Du pot ! »

J'y fus pincé ! Quel dîner de grigou ! Sa soupe était une infecte lagune; Son bœuf aurait fait pleurer un cagou.

Il l'arrosa d'un vin au jus de prune.

Combien j'étais, dans mon triste dégoût, Dupe... oh !

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L'autre jour, chez un bouquiniste, Parmi plusieurs in-octavo, J'ai, de Nodier suivant la piste, Acheté la Clef du Caveau.

A la fois jovial et tendre, Ce bon vieux recueil délaissé Renferme, comme une autre cendre, Tous les airs dont je fus bercé.

Les chants ont eu première place Dans la mémoire, près du cœur.

Tout fuit, tout change, tout s'efface, Hors un refrain triste ou moqueur.

La serinette des grand'mcres, Dont la note semble une toux, Souvent sur les heures amères Jette un son consolant et doux.

Et voilà pourquoi je vous aime, O timbres naïfs du Caveau, Où je me retrouve moi-même, Dans un amusant renouveau!

Caveau, — disons plutôt bocage, — Au galant et facile accès!

Clef charmante, rouvrant la cage Où gazouille l'esprit français !

Il n'est pas, de Paris au Caire, Lèvres n'ayant fredonne la Famille de F Apothicaire^ Ou Turlurette, ou Lon lan la.

Il suffit d'une ritournelle, D'un vague et tremblant trémolo, Pour qu'aussitôt je me rappelle Utt homme pour /aire un tableau.

Quels éclats de rire à la ronde!

Oii courez-vous^ monsieur l'abbé ?

Sur Ce mouchoir, belle Raimonde^ Cet abbé-là sera tombé.

Que de Tircis et de Grégoire !

Combien de baisers, de glouglous!

Elle aime à rire y elle aime à boire y Elle aime à chanter comme nous!

J'en guette un petit de mon âge !

Dit Lise, au bord d'un frais ruisseau.

Sa voix charme le voisinage, Car... Une fille est un oiseau.

Fanchon, Dans les gardes françaises^ S'en va réclamer son amant :

Des fraises, des fraises^ des fraises^ Lui répond ce beau garnement.

Quand je parcours ces folles pages, Je reconnais tous ces lurons.

Bergers sournois, effrontés pages, Dénichant merles et tendrons;

Satyres transformés en drilles, Qui s'en vont, dès le point du jour, Chasser, derrière les charmilles, Gibier des bois, gibier d'amour.

Il cache encore sa fauvette, Le gros Lucas sous son chapeaux- La Harpe dit : 0 ma Musette !

Barré dit : Mon père était pot!

Aimable musique de poche!

Alors, en ces temps ingénus, Un Air nouveau de M. Doche M'ouvrait des mondes inconnus.

Aussi, lorsque j'entends bruire L'écho lointain du flageolet, Je me surprends à reconstruire Une époque avec un couplet.

Je VOUS revois, sensibles femmes, Avec vos manches à gigot, Et vous, Enfants chéris des dames, Roucoulant dans votre jabot.

N'ayant rien qui le reconforte, Un rimeur dit, d'un ton fatal :

Pégase est un cheval qui porte Les grands hommes à l'hôpital I

Pendant toute une matinée,

La Clef du Caveau dans les mains,

J'ai rêvé, l'âme abandonnée

Au courant des anciens chemins,

Jusqu'au moment où, jeu féroce, Une voix soudain me souffla : Alle^-vous-en, gens de la noce!

C'est l'air de la fin, celui-là.

Et puis j'ai refermé le livre, Sans me cacher d'être attendri, Le livre qui m'a fait revivre...

A la façon de Barbari l

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