‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 85 sur 179 · SAINT-VALERY- SUR- SOMME · texte numérisé non relu

SAINT-VALERY- SUR- SOMME

v^N m'a fait un lit par terre Dans une chambre d'hôtel.

Mon désespoir est mortel.

On m'a fait un lit par terre.

u Tout est plein dans notre hôtel! »

M'a dit la propriétaire.

« Préférez- vous un voltaire? »

Mon désespoir est mortel.

Que ne suis-je à Neufchâtel, Ou simplement à Nanterre !

O la paix du monastère !

Dans cette chambre d'hôtel.

Le mobilier est austère.

Pour tableaux : Guillaume Tell,

Et deux portraits au pastel.

On m'a fait un lit par terre.

En fumant un grand-hôtel^ Sur ma couche solitaire Je vais rêver deCythère...

J'ai vraiment bon caractère.

Au réveil, d'un geste tel Que l'eût fait un militaire :

« Signez au livre d'hôtel »,

M'a dit la propriétaire.

Et j'ai signé : «Chaumontel; ^ « Profession : pamphlétaire. »

Mon regard était mortel.

On m'a fait un lit par terre.

GAYEUX-SUR-MER

ï-éN proverbes toujours je fus assez pourvu. " Qui n'a vu ni Paris ni Cayeux n'a rien v«, » Dit l'un d'eux, enfermant dans sa brève formule Le contraste le plus largement ridicule. Le fait est qu'il n'est rien de pareil à Cayeux (Cayeux vient de cailloux, et le démontre aux yeux Comme aux pieds); il n'est pas en France de rivage Plus nu, plus désolé, plus pauvre, plus sauvage, Plus désespérément et lamentablement Déshérité de tout; — plus plat et plus dormant. Comparée à Cayeux, la Crau pétrifiée Est un jardin anglais; — Maguelonne oubliée Semble une nymphe assise en un mol abandon; — Le Croisic a les airs folâtres d'un Meudon. Le proverbe dit vrai : l'on n'a pas vu grand'chose Si l'on n'a vu Cayeux, idéal du morose.

lO.

Pour décoration, quelques pins gringalets. — On s'y baigne pourtant, en dépit des galets; Et maint bourgeois venu d'Amiens ou d'Abbeville Y joue à la saison. — O Fécamp ! ô Trouville!

Il faudrait être aussi naïf que Calino Pour rêver d'y trouver l'ombre d'un casino. Deux hôtels ; l'un se nomme Hôtel du duc d'A umale, L'autre... je ne sais plus. — Je vais boucler ma malle.

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