‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 100 sur 133 · FÊTE DE MONTMARTRE · texte numérisé non relu

FÊTE DE MONTMARTRE

Vive la joie & les chansons!

Soyons gais comme des pinsons.

C'est la Saint-Pierre!

C'est la Saint-Pierre, tout autant.

Le vieux Montmartre a l'air content,

Et la commune entière, De voir le long de ses chemins, Sur les versants de ses ravins, Gravir la foule immense Jusques à ses moulins; D'entendre un bruit de danse Et de marchands forains , A la Saint-Pierre , A la Saint-Pierre!

Des banderoles, Comme à de rouges échalas , Brillent à des milliers de mâts ,.

Flottent aux brises folles.

Puis un éclairage arlequin, Vert, jaune, rouge & bleu turquin,

Le soir conduit aux buttes.

On se croit à Pékin !

Et tences & cahutes , Gagnent du saint-frusquin A la Saint-Pierre, A la Saint-Pierre !

Ah ! quelle foire !

Que de pain d'épice en monceaux, Que de macarons en boisseaux.

Pour la rouge ou la noire !

Que de mirlitons, de cricris, Que de sortes de sons, de cris Dans cette fête immense!

— Deux sols les plus hauts prix!

Tout spectacle commence, Et tous les bancs sont pris A la Saint-Pierre, A la Saint-Pierre!

Et tout bourdonne :

Trompettes, trombones, tambour.

Partout on crie : A qui le tourr'

On ne vend pas, on donne!

Sur des tréteaux, un peu plus loin, Monte un hercule au rouge groin ; Il invite la foule A quelques coups de poing,..

Quand on accepte, on roule Bêtement dans un coin, A la Saint-Pierre , A ta Saint-Pierre!

Là, tout se montre :

Femme géante ^ enfant barbu.

Quant au bœuf géant, je l'ai vu;

Il fume... on le démontre!.

Sans laisser au pauvre animal Le temps de manger son' régal ,

Ce tabac qui le tente.

Ce fumeur m'est égal;

Mais ce bœuf, je le vante :

C'est le bœuf colossal De la Saint-Pierre, De la Saint-Pierre !

Vieille montagne, Que chacun de nous aime tant, D'où chacun de nous est content

D'admirer la campagne!

Où l'on voit tant de cabarets \'endre de petits vins clairets.

En brocs comme en bouteilles; Il nous faut des jarrets Pour monter sous tes treilles- Et respirer le frais,' A la Saint-Pierre, A la Saint-Pierre !

Son Excellence Le vieux Montmartre a pris, je crois.

Cinq à six bons moulins pour croix...

Oh! c'est une Eminence Qui montre au lointain ses splendeurs ! Et nous voyons de ses hauteurs

Au bas son cimetière :

En bas, ombre & dormeurs...

En haut, vie & lumière.

Et de joyeux buveurs!

A la Saint-Pierre, A la Saint-Pierre !

Pas de paresse, Montons au télégraphe, encor.

Suivons, suivons... Allons au fort,

Où la foule s'empresse.

Allons au fore comme il en faut!

L'artificier fait Féchafaud

D'où tout part, siffle & claque.

Ne faisons pas défaut; On simule une attaque, Je veux voir un assaut!

A la Saint-Pierre , A la Saint-Pierre!

Là, chaque bombe Eclate en flammes de couleurs.

Tout Paris est sur les hauteurs;

Personne ne succombe.

Puis, émerveillé du coup d'oeil.

Chacun va regagner son seuil. En descendant les buttes.

Comme on n'est pas chevreuil, On risque des didbutes...

Voilà le seul écueil, A la Saint-Pierre , A la Saint-Pierre!

\'ivent la joie & les chansons!

Soyons gais comme des pinsons.

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