JEAN RENAUD
Quand Jean Renaud revint de guerre, Pâle, il arriva dans la nuit, Et dit, en embrassant sa mère :
« Mère , ne faites pas de bruit.
— Mon fils! ta femme est accouchée D'un petit, viens voir la nichée.
— Silence, mère, al'ez devant; Faites-moi dresser un lit blanc Tout doucement, & parlons bas.
Que ma femme n'entende pas. »
Le vent soufflait comme en décembre.
On fit un grand feu dans sa chambre ; Mais Jean Renaud dans le blanc lit.
Vers la minuit rendit l'esprit.
(( Dites-moi, ma mère & ma mie.
Pourquoi j'entends pleurer ici.^
— Chère fille, presque endormie.
C'est le grand vent qui pleure ainsi.
— Dites-moi , ma mie & ma mère , Pourquoi j'entends clouer, marcher.^
— Ce sonc les charpentiers, ma chère, Qui raccommodent le plancher.
— Dites-moi , ma mie & ma mère , Pourquoi j'entends une oraisonr'
— C'est la procession, ma chère, Qui fait le tour de la maison.
— Dites-moi, ma mie & ma mère.
Pourquoi donc pleurez-vous si fort.^
— Je ne puis plus feindre, ma chère.
Ton mari Jean Renaud est mort!
— Dites aux fossoyeurs, ma mère, Que deux vont le rejoindre en terre ; Et qu'ils creusent un trou plus grand Pour placer la mère & l'enfant î »