LE SCIEUR DE PIERRE
Quand, pour fuir la chaleur du jour,, L'ouvrier scieur à son tour Vient le soir pour scier sa pierre, Que peut-il penser dans la nuit, Lorsque lui seul cause du bruit Le long des murs du cimetière r
Car c'est de là que je l'entends.
Impassible comme le temps.
Mais plus vite rongeant encore, De sa longue scie en son bain Le flux & reflux au lointain Grince en un frôlement sonore
Se dit-il : « Ma famille dort...
Pour un vivant ou pour un mort Que m'importe! scions ma pierre.
Je suis assuré pour demain De pouvoir rapporter du pain, En travaillant la nuit entière.^ »
Sciant son bloc activement.
Pour l'arroser, même en dormant Il sait remplir d'eau sa cuillère.
Et ce veilleur, sous un auvent, N'est pas moins à la pluie, au vent , De côté, de face ou derrière.
Cependant qu'un homme est assis.
Peut-être bien que les soucis
Dorment, quand son corps se balance
Poussant une scie en avant.
Puis en arriére la tirant ,
Toute une nuit, dans le silence?..
Lorsque, par l'orage agité.
Je m'éveille en sursaut, l'été, Ecoutant le vent dans un saule...
Entre les dormeurs & les morts, Du scieur j'entends les efforts :
Toujours sa scie au lointain frôle.
Ouvriers de jour ou de nuit.
Dans le silence ou dans le bruit.
En notre temps la vie est rude.
Nous scions la pierre pour tous, Arrosons-la ! Consolons-nous ; Il faut en prendre l'habitude.
Et, chers enfants dormant encor, Vous qui verrez la ville d'or.
Ce Paris géant, ces merveilles, Songez à tant de travailleurs Peut-être pires que meilleurs...
Mais soyez heureux de nos veilles!