‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 40 sur 133 · REVEIL · texte numérisé non relu

REVEIL

A M. eu. LIBERSALLE.

Je viens du beau pays, du pays du sommeil!... Pays qui s'évapore aux rayons du soleil. Je viens d'un monde étrange, où s'enivrent les âmes, Où l'on entend les fleurs chanter, comme des femmes; Où l'on passe dans l'air, où l'on marche sur l'eau. Où moins qu'un sylphe même on courbe le roseau; D'un monde où tous bonheurs pour l'homme se rassemblent. Que nos mondes connus en bien peu lui ressemblent! Même le ciel n'est pas comme on le voit chez nous : La voûte est plus profonde & les tons sont plus doux. Quand je respire là, l'extase consolante M'élève vers les cieux en ligne droite & lente ; Me ravit dans la paix, loin des flux & reflux ; Et la réalité sombre ne m'atteint plus.

Cette nuit, aux reflets d'une divine flamme,

J'avais un nimbe au front, mon corps suivait mon âme.

Ayant laissé bien loin les cimes des forêts ,

Je traversais l'espace, & j'allais, & j'errais...

Je me ressouvenais cependant de la terre.

Comme l'enfant a peur d'une voix trop sévère

Qui peut le rappeler, je montais... mais troublé.

Je craignais le pourquoi.^... Pourquoi m'ètre envolé!...

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Alors un inconnu, ruisselant de lumière,

Et dont pourtant l'éclat reposait ma paupière,

M'.^pparut souriant & charmant. Je lui dis :

« Etes-vous donc un ange, & suis-je en paradis? »

Il me répondit : (( Non. Vous ê:es dans un monde

Tout voisin de la terre. Ici nul bruit ne gronde.

Je suis un bienheureux. Je passe en ce moment;

]\!a;s je n'ai pas de nom : on m'aime seulement.

C'est dans ces régions où la bonté céles:e

Vous a permis d'errer, que trois mille ans on reste

Sitôt après la mort. Dieu les veut loin des cieux,

Pour restreindre d'abord sa splendeur à vos yeux.

Vous y rencontrerez les géants de la terre.

Tous les bons, surcoût ceiLx qu'opprima la misère.

Dans un amour sans fin comme Dieu dont il vient,

Ici chacun existe & chacun se souvient.

Chacun selon ses vœux change de forme & d'âge,

Ou reprend à son gré son terrestre visage.

Il faut trois cent mille ans pour monter jusqu'au ciel.

Lors, dans un tourbillon de bonheur éternel.

Tout brillant des refiecs de la clarté suprême

De la Divinité, On monte, on monte, on monte, & sans voir Dieu lui-même,

Pendant l'c terni ce. »

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