FLEURETTE
Le vieux dicton : Conter Fleurette, Vient de Henry le Béarnais :
Je vous en dis ce que j'en sais; Voici cette histoire, fillette :
Henry, dans ce temps, écolier, Passant le long d'une 'charmille.
Tout à coup rencontre la fille, La fille de son jardinier.
Elle était la fleur bien-aimée, La Fleurette... La chère enfant.
Père & jardinier, soin touchant !
C'est ainsi qu'il l'avait nommée.
Déjà rêveuse, en ce jardin Fleurette passait solitaire, Foulant d'un petit pied mutin Les pâquerettes d'un parterre.
Henry, surpris, retint ses pas...
Fleurette ne l'aperçut pas.
Mais Fleurette était si charmante,
Ajoute encor l'historien.
Que Henry, la bouche béante,
S'arrêta sans prononcer rien, La suivant à la dérobée...
Il vint encor le lendemain, Et la trouva, la nuit tombée^ Pensive encor sur son chemin.
Tous deux, cachés par la feuillée.
S'aimèrent... Et depuis ce jour.
Sur Henry Fleurette appuyée Ecoutait ses serments d'amour.
Pour rendez-vous, un chêne Au bord d'une fontaine.
Au fond d'un parc ombreux, Servait les amoureux.
Là, tout était ivresses.
Baisers, propos, promesses, Et les cieux grands ouverts Sous ces grands rameaux verts!
Hélas ! bientôt le chêne Et la sombre fontaine Et les rameaux touiFus Virent seule, en prière, La pauvre jardinière.
Henry ne venait plus...
Le cœur plein de tristesse.
Elle espérait sans cesse Entendre encor ses pas...
Fleurette se désole.
Fleurette devient folle...
Henry ne revint pas.
De la source profonde Elle regarda l'onde Et les arbres autour...
Se sentant seule au monde Et pleurant son amour, Elle attendit encore Du lever de l'aurore Jusqu'à la fin du jour.
D'un vain espoir bercée, La jeune délaissée, Quand sonna ï Angélus.
Alla finir sa peine Au fond de la fontaine.
Henry ne l'aimait plus...
Voilà pourquoi, fillette. Depuis ce triste jour, Quand on parle d'amour.
On dit : Conter Fleurette!