SCENE INTIME
« Vous n'êtes pas honteux de venir ivre ainsi ?■
— Une fois pour toujours, écoute bien ceci : Je ne m'enivre pas, comme il te plaît de dire. Ivre! Je suis... ému, je suis gai, je t'admire. Je t'aime encor bien plus, & je me porte bien. J'ai peut-être un peu bu, ma femme, j'en convien ; Mais il faut pardonner à l'humaine nature.
Je me sens plus heureux & meilleur, je t'assure. Que veux-tu pour amende.^ Un châle, un chat, un chien, Une robe à ta guise, un bénitier.^ — Non! rien. Tout me déplaît de vous, dont tout me désenchante.
— Avec d'aussi beaux yeux devenir si méchante ! Tu t'excuses toujours quand je veux t'emmener... Seul avec un ami je suis allé dîner ;
Est-ce donc un grand crime r II a bien fallu boire ; Les vins étaient exquis, voilà toute l'histoire. Faut-il se repentir d'être en joie un instant } Allons, faisons la paix. Ta main blanche en partant; Donne ta belle main, donne, que je l'embrasse.
— Monsieur, chacim de nous doit rester à sa place ; Vous êtes ivre, & moi je me respecte assez
Pour ne pas revenir sur les mots prononcés.
(Elle s'éloigne.)
— Ah! me traiter ainsi, c'est par trop fort, madame! Vous, que j'ai ramassée. & dont j'ai fiit ma femme.
Elle écait sans parents, sans feu ni lieu ; rien, rien! Je crus faire à la fois son bonheur & le mien : L'action me plaisait, & me paraissait bonne. Que je me suis trompé, madame la baronne! Je. l'aimais; malgré tous je voulus l'épouser. Par instants sous mes pieds je voudrais l'écraser! Eh bien! je l'aime encor... mais elle... me déteste. Pourquoi.^ c'est un mystère, & Dieu seul sait le reste. Quel avenir !.. Trop tard ma raison le comprend. La caque, c'est bien vrai, sent toujours le hareng. »