‹ Les poésies de l'enfanceChapitre 12 sur 78 · LE PETIT BUISSONNIER · texte numérisé non relu

LE PETIT BUISSONNIER

Il ne faut plus courir à travers les bruyères, Enfant, ni sans congé vous hasarder au loin. Vous êtes très-petit, et vous avez besoin Que l'on vous aide enoor à dire vos prières. Que feriez-vous aux champs si vous étiez perdu? Si vous ne trouviez plus le sentier du village? On dirait: « Quoi 1 si jeune, il est mort! c'est dommage,» Vous crieriez... De si loin, seriez-vous entendu? Vos petits compagnons, à l'heure accoutumée, Danseraient à la porte et chanteraient.... héla 11 faudrait leur répondre, en la tenant fermée * Une mère est malade, enfants, ne chantez pas! * Et vos cris rediraient : « 0 ma mère ! ô ma mère 1 » L'écho vous répondrait; l'écho vous ferait peur. L'herbe humide et la nuit vous transiraient le cœur;

Vous n'auriez à mander que quelque plante amère. Point de lait, point de lit!... Il faudrait donc mourir! J'en frissonne! et vraiment ce tableau fa t frémir. Embrassons-nous, je vais vous conter une histoire : Ma tendresse pour vous éveille ma mémoire.

Il était un berger veillant avec amour

Sur des agneaux chéris, qui l'aimaient à leur tour.

Il las désalt jrait dans une eau claire et saine ;

Les baignait à la source et blanchissait leur laine;

De se palet, de thym, pariumait leur repas;

Des plus faibles encor guidait les premiers pas;

D'un ruisseau quel piefois permettait l'escalade.

Si l'un d'eux, au re our, traînait un pied malade,

Il était dans ses bras tout doucement porté,

Et la nuit, sur son lit, dormait à son coté.

Réveilés le matin par l'aurore vermeille,

Il leur jouait des airs à captiv r l'oreille ;

Plus tard, quand ils broutaient leur souper sous sas yeux,

Au son de sa musette il les rendait joyeux.

Enfin, il renfermait sa famille chérie

Dedans la bergerie.

Quand l'ombre sur les champs jetait son manteau noir.

Il leur disait : « Bonsoir, Chers agneaux ! sans danger reposez tous ensemble; L'un par l'autre pressés, demeurez chaudement, Jusqu'à ce qu'un beau jour se lève et nous rassemble; Sous la garde des chiens dormez tranquillement. »

Les chiens rôdaient alors, et le pasteur sensible

Les revoyait heureux dans un rêve paisible.

Eh! ne l'étaient-ils pas? Tous bénissaient leur sort,

Excepté le plus jeune; hardi, malin, folâtre,

Des fleurs, du miel, des blés et des bois idolâtre,

Seul, il jugeait tout bas que son maître avait tort.

Un jour, riant d'avance, et roulant sa chimère. Ce petit fou d'agneau s'en vint droit à sa mère, Sage et vieille brebis, soumise au bon pasteur.

« Mère! écoutez, dit-il, d'où vient qu'on nous enferme? Les chiens ne le sont pas et j'en prends de l'humeur. Cette loi m'est trop dure, et j'y veux mettre un terme. Je vais courir partout, j'y suis très-résolu. Le bois doit être beau pendant le clair de lune : Oui, mèrel dès ce soir, je veux tenter fortune;

Tant pis pour le pasteur; c'est lui qui Ta voulu. »

« — Demeurez, mon agneau, dit la mère attendrie; Vous n'êtes qu'un enfant bon pour la bergerie : Restez-y près de moil Si vous voulez partir, Hélas ! j'ose pour vous prévoir un repentir. »

« — J'ose vous dire non, cria le volontaire... » Un chien les obligea tous les deux à se taire.

Quand le soleil couchant au parc les i-appela,

Et que par flots joyeux le troupeau s'écoula,

L'agneau sous une haie établit sa cachette;

Il avait finement détaché sa clochette;

Dès que le parc fut clos, il courut à l'entour.

Il jouait, gambadait, sautait à perdre haleine.

« Je voyage, dit-il, je suis libre à mon tour !

Je ris, je n'ai pas peur; la lune est claire et pleine,

Allons au bois, dansons, broutons ! » Mais par malheur,

Des loups, pour leurs enfants, cherchaient alors curéo.

Un peu de laine, hélas 1 sanglante et déchirée,

Fut tout ce que le vent daigna rendre au pasteur.

Jupez comme il fut triste à l'aube renaissante !

Jugez comme on plaignit la mère gémissante l « Quoi ! ce soir, cria-t-elle, on nous appellera, Et ce soir... et jamais l'agneau ne répondra ! > En l'appelant en vain elle affligea l'Aurore; Le soir elle mourut en l'appelant encore.

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