MAURICE BOUCHOR
A la Paix
O douce Paix, chère et sacrée, Tu sais bien avec quelle ardente bonne foi Nous avons milité, l'âme pleine de toi,
Pour ta cause désespérée.
Nous aviuns prévu la fureur Du fléau qui mettrait en feu l'Europe entière. Et nous luttions, des deux côtés de la frontière,
Pour écarter l'immense horreur.
Ce fut en vain. Du moins, la France Est pure du forfait. Vaincre loyalement. Rester libre, briser le César allemand.
Est son indomptable espérance.
Ecraser l'Empire avec lui.
Les bandits féodaux, la caste militaire. Pour que tes beaux pieds nus ne quittent plus la terre,
C'est le seul moyen aujourd'hui.
Pouvons-nous, troublés par tes larmes, Finir hâtivement le combat pour le droit, Avant que la Justice ait fait ce qu'elle doit
Dans le dur jugement des armes ?