‹ Les poètes de la guerreChapitre 8 sur 54 · A CEUX DU MANIFESTE · texte numérisé non relu

A CEUX DU MANIFESTE

Or sus, docteurs, si c'est une « guerre de races »

Inutile d'en discourir; On ne se combat pas à coups de paperasses ;

A l'une ou l'autre de mourir.

C'est dit, nous l'acceptons, le cartel de la haine;

On ira, gens du Zollverein, — Le trope est du « Prussien libéré » Henri Heine —

Tirer la barbe au père Rhin.

A qui restera-t-elle .î' On verra. La querelle

Ne date pas que d'Attila ; C'est celle, déjà vieille au temps de Marc-Aurèle,

De l'Olympe et du Walhalla, Latins contre Germains. Plantons l'épée en terre

Et chantons chacun nos paeans.

Mais, tenez, cette ibis, sans Vierge de Nanterre'

Et sans Pucelle d'Orléans, Seuls à seuls. Oui, que Dieu nous laisse le champ libre

En juge im})artial et droit ; Nous ne te demandons. Seigneur, que l'équilibre

Entre leur Force et notre Droit:

EMILE BERGERAT l3

Car il est « kultural » qu'en semblable matière

Le Verbe cède à l'Action, Et le temps est venu de fixer la frontière

De la Civilisation.

Mais écoutez. — Le sang nous montât-il au ventre,

Puisque le monstre est à Berlin C'est là que nous irons l'abattre dans son antre,

Comme Hercule avec son merliu.

Tarasque, il appartient à l'époque confuse

Des zoologiques erreurs ; Lacépède le nie et Barnum le refuse

Même parmi les « empereurs ». Monstre, mais plus bamboche encore, cet absurde

Allié de ses ennemis.

Oui réveille le Turc et déchaîne le Kurde,

Lui, giaour, sur les roumis.

Rompt lui-même la digue à l'avalanche slave

Et croit, rêve aux réveils amers.

Barrer à ces tritons dont Neptune est l'esclave

La voie et l'empire des mers ; Oui, réduisant sa horde immense au clan borusse,

Fait, et cela dés aujourd'hui.

De la Grande Allemagne une petite Prusse

Et crève son trône sous lui.

Théraméne, pends-toi ! Les flots dont il émane

Lui dessinent, dans les embruns, La Sainte-Hélène due au napoléomane

Hurluberlu Deux, khan des Huns,

l4 KMIJ.E BERGERAT

Ardélions, à vous. — L'iieure serait indue

D'imaginer, pédants en us, Oue la Flandre reprise et l'Alsace rendue

Cloront le temple de Janus.

Lorsque vous dévalez de votre terre ingrate,

Bons bergers d'un peuple rural, Vous ne marchez qu'avec la lampe d'Erostrate

Pour usage architectural.

Vous pangermanisez aussi les cathédrales ;

Vous réalisez dans Arras, Ypres et Reims le plan des cités sépulcrales

Dont Palmyre est le type, — à ras ; L'art gothique n'est pas pour Goths. La connaissance

Teutonne a rompu tout lien Avec les monuments dits : de la Renaissance

Du faux génie italien.

J'aime à penser que Goethe aurait l'âme attendrie

S'il pouvait vous voir, de Weimar, Renchérir dans Louvain, nouvelle Alexandrie,

Sur le geste auguste d'Omar.

Vous avez le carnage érudit, l'incendie

Docte, le pillage idéal, Et vos autodafés sont de ceux qu'étudie

Un saint roi dans l'Escurial ; Professeurs de surin camouflés en gendarmes,

Comme des Sioux en cow-boys.

Qui faites, du duel juridique des armes.

L'assassinat du coin des bois ;

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