‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 38 sur 48 · AUX CENDRES DE CLAUDE COLET · texte numérisé non relu

AUX CENDRES DE CLAUDE COLET

Si ma voix, qui me doit bien tost pousser au nombre Des immortels, pouvait aller jusqu'à ton ombre.

Col et, à qui la mort Se monstra trop jalouse et dépite d'attendre Que tu eusses parfait ce qui te peut deffendre

De son avare port :

Si tu pouvois encor sous la cadence saincte D'un lut, qui gemiroit et ta mort et ma plainte,

Tout ainsi te ravir Que tu te ravissois dessous tant de merveilles, Lors que durant tes jours je faisois tes oreilles

Sous mes loix s'asservir :

Tu ferois escouter à la trouppe sacrée

Des mânes bien heureux, qui seule se recrée

Entre les lauriers verds, Les mots que maintenant dévot en mon office Je rediray neuf fois, pour l'heureux sacrifice

Que te doivent mes vers.

Mais pourcc que ma voix, adversaire aux Wnèbres, Ne pourroit pas passer par les fleuves funèbres,

Qui de bras tortillez Vous serrent à l'entour, et dont peut-estre l'onde Pourroit souiller mes vers qui dedans nostre monde

Ne seront point souillez :

Il me faut contenter, pour mon devoir te rendre, De tesmoigner tout bas à ta muette cendre,

Bien que ce soit en vain.

Que ceste horrible sœur, qui a tranché ta vie, Ne trancha point alors l'amitié qui me lie,

Où rien ne peut sa main.

Que les fardez amis, dont l'amitié chancelle Sous le vouloir du sort, évitent un Jodelle,

Obstiné pour vanger Toute amitié rompue, amoindrie et volage. Autant qu'il est amy des bons amis, que l'âge

Ne peut jamais changer !

Sois moy donc un tesmoin, ô toy, tumbe poudreuse. Sois moy donc un tesmoin, ô toy, fosse cendreuse,

Qui t'anoblis des os Desja pourris en toy, sois tesmoin que j'arrache, Maugré l'injuste mort, ce beau nom qui se cache

Dedans ta poudre enclos.

Vous qui m'accompagnez, ô trois fois trois pucelles, Qu'on donne à ce beau nom des ailes immortelles,

Pour voler de ce lieu Jusqu'à l'autel que tient vostre mère Mémoire, Qui, regaignant sans fin sus la mort la victoire.

D'un homme fait un dieu-

Pour accomplir mon vœu, je vois trois fois espandre Trois gouttes de ce laict dessus la seiche cendre

Et tout autant de vin, Tiens, reçoy le cyprès, l'amaranthe et la rotiC, O cendre bien heureuse, et mollement repose

Icy jusqu'à la fin.

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