LES SAISONS
Le soleil dardant à la ronde
Ses rayons sur la terre et sur la grande mer En tous les animaux vient la vie alumer. Ceux, et qui dans le bois, et qui par les campagnes, Et qui ont leur repaire aux caveins des montagnes, Et qui rampent en bas, et qui nagent sous l'eau, Et qui volent en l'air, vivent par son flambeau. C'est luy qui conduisant les couples atelees De ses chevaux ardents (qui non jamais foulées Tirent son char doré par le tortu chemin) Voit finir toute chose et jamais ne prend fin. C'est luy qui maintenant nos manoirs illumine, Donnant couleur à tout de sa clarté divine. Qui maintenant sous terre à l'autre monde luit : Et chacun à son tour a le jour et la nuit. C'est luy qui alongeant la nuit et la journée. Départit aux humains les saisons de l'année..
Quand il tient enflamé de Phrixe le Mouton, Et le Toreau de Crète, et le signe Besson, Lors sous les soliveaux l'aronde, messagère Du printems gracieux, vient maçoner son ère ; Le chantre Rossignol d'un frais ombre couvert Gringotte sa chanson dans le bocage vert.
Tout s'échauffe d'amour, et la terre amoureuse Pour plaire au beau Soleil prend sa robe odoureuse De fleurons damassée ; aux vignes le bourgeon Defourre le grapeau de son tendre coton ; Et l'herbe par les chams reverdit arosee En ses brins vigoureux de la douce rosée ; De la manne du ciel le doux sucre dessant Dessus les arbres verds, les feuilles blanchissant.
Puis quand dedans le Cancre il aura faict entrée Pour passer au Lyon et dans la Vierge Astree,
La Cigale enrouée assise par les bois
Choquant ses ailerons crie d'une aigre voix ;
La verdure jaunist, et Ceres espiee
Trébuchera bien tost par javelles ciée
Sous l'outeron haslé, pour emplir le grenier
De ses presens dorez au joyeux mestayer.
Lors le gay pastoureau dessous un frais ombrage
Retire son bestarl, contre l'ardente rage
Du fiévreux Syrien, près le bruyant ruisseau
Qui de la vive source amené sa claire eau.
Là remplissant de vent sa douce chalemie
Va jouer sa chanson de l'amour de s'amie,
Autant pour adoucir l'ennuyeuse chaleur
Come pour rafreschir la flamme de son cœur.
Les tourbillons rouans, les pierres et la poudre
Font le gast par les chams : Souvent l'horrible foudre
Rompt la nuë orageuse et la flambante main
De Jupiter tonant pâlit le genre humain.
Quand Febus de la Vierge en la Balance passe, Puis entre au Scorpion, punisseur de l'audace D'Orion violeur, et de là dans l'Archer, En ce tems la chaleur comance à se lascher. Par les chams despouillez le portefruit Automne Montre son chef orné d'une riche couronne De fruitages divers, quand le nuage epés Des étourneaux goulus mange l'honeur des cêps. Le jeu lors et le ris, les libres chansonetes (Car tout est de vendange), et les gayes sornetes Règne entre les garsons, qui aux filles meslez Emplissent les hoteaux de raisins grivelez ; Qui entone du vin la liqueur écoulée Sous le pié du fouleur de la grape foulée ; Qui trépigne dessus ; qui d'un bruit enroue Fait geindre sur le marc le pressoir escroûé... Tel est le cours de l'an que le Soleil nous borne.
J.-A. DE BAIF