‹ Les poètes de la SavoieChapitre 11 sur 89 · TRADUITE PAR LE MÊME · texte numérisé non relu

TRADUITE PAR LE MÊME

Aux rayons du soleil, deux chiens de bonne mine. Couchés tout près de la cuisine, Reposaient amicalement

Et discouraient, au lieu d'aboyer au passant.

Un chien bien élevé n'est méchant qu'à la brune;

De là vient le proverbe : Aboyer à la lune.

Nos compagnons médisaient des humains,

A qui mieux mieux; parlaient du sort des chiens.

Du cuisinier et de son avarice ; De certains maîtres sans pitié ;

Du bien, du mal, enfin de Tamitié :

Il n'est point, disait Tun, de mal que n'adoucisse Le tendre sentiment de deux cœurs bien unis;

Tout est plaisir pour des amis; Le bonheur est doublé , la peine est partagée ; Sans rien dire on jouit, rien qu'à se regarder. Mon âme serait soulagée,

Et mon emploi me semblerait léger.

Si, par exemple ici, nous vivions de la sorte; Destinés à garder tous deux la même porte, Affables l'un pour l'autre, empressés, généreux, Nous pourrions dans la paix couler des jours heureux ;

Ils le sont tous, lorsque Ton s'aime.

Qu'en penses-tu. Barbet? — Mails y y songe moi-même, Reprit le camarade; au lieu de grommeler, De nous battre sans cesse , et de nous quereller, Soyons amis. Briffant, c'est moi qui t'en convie; Nous vivrons sans aigreur comme sans jalousie, Et nous ne verrons pas comment passe le temps : Nous irons côte à côte attaquer les manants : Ensemble on nous verra dormir et nous repaître. Jouer innocemment, cares'^er notre maître. Je me sens tout ému quand je pense à cela; Donne la patte, allons. — J'y consens; la voilà ; Je suis tout prêt moi-même à pleurer de tendresse;

Et nos amis de s'embrasser, De battre de la queue, et de se caresser. Mais, comme ils en étaient à hurler d'allégresse,

Le marmiton leur jette un os ; La trêve est expirée; adieu les bons propos.

Oresle, furieux, s'élance sur Pilade; Il ne s'agit plus d'embrassade, Nos deux amis jouant des dents;

Avec peine un seau d'eau calme les combattant*.

D'une telle amitié l'exemple chez les hommes Se rencontre souvent dans le siècle où nous sommes ; Et cette fable au vrai nous peint beaucoup de gens. Ils sont tout feu, tout flamme; on dirait des amants; Leur amitié sincère en proverbe est passée; Mais jetez-leur un os, vous verrez leur pensée; Tous leurs beaux sentiments feront place aussitôt A la tendresse de Briilaut.

Fjélix-Marie-Emma-nueL Mouthoii naquit à uroUgnin ( Hftttte-^averiefen 1765^. Sa vie, qui tient du roman, mérite d'être racontée avec quelques détails. Il embrassa la carrière ecclésiastique, et il était déjà tonsuré lorsqu'en 1780 son père fut nommé intendant à Suze (Piémont). Ayant perdu sa mère en i78i et son père en 1782, il se rendit, le 16 mars de cette dernière année, à VEremo des Camaldules, d'où il sortit le 29 novembre suivant pour entrer à Tamié ( Haute- Savoie ) , vieille abbaye de l'ordre de Cîteaux. Il prit l'habit de moine en 1783 et fit profession le 16 avril 1784, sous le nom de dom lî'Tnard.

Mouthon resta pendant neuf ans à Tamié,

c'est- ii-diré jusqu'à Tépoque où les armées françaises firent leur entrée en Savoie. Il émigra le 25 septembre 1792; mais, étant revenu à Chainbéry deux mois après pour des motifs de famille, il fut arrêté et condamné à mort. Par un hasard extraordinaire , la sentence portée contre lui ne reçut pas son exécution, et, pour éloigner tout nouveau danger, il prêta le serment exigé des prêtres , le 24 février 1 793. Bientôt il entra complètement dans la vie civile, s'engagea ensuite dans l'administration militaire, puis dans l'armée active où il devint officier d'état-major.

Pendant la Terreur, Mouthon eut la douleur de voir périr son frère sur la guillotine, à Paris ; ce frère laissait une femme et quatre enfants : « Je n'eus pas la force de les abandonner, dit-il, et je restai chargé de ce douloureux héritage. Cette terrible catastrophe a fait ma destinée jusqu'au moment où cette famille infortunée a disparu engloutie dans la tombe. »

Jusqu'aux dornières années du règne de Napoléon I®^, Mouthon, suivant ses propres expressions *, resta livré au tumulte des camps

• Le Tnomphe de la miséricorde éternelle, note 2. C'e(>l dans les notr qui accompagnent celte œuvre poétique de Mouihon que nous a\on> puiso les lenseigniinicnls que nous donnons sur lui. Nous avons aussi utilisé quelques lettres autographes qui nous ont éié communiquées par M. Saillel, professeur au collège d'Annecy.

et des plus orageuses passions. Ce n'était pas toutefois qu'il eût entièrement perdu ses premiers sentiments ; par instants , au milieu de ses agitations et du bruit des batailles, ces sentiments reprenaient le dessus dans son cœur. « Une voix puissante, écrit-il dans ses notes, résonnait au fond de mon cœur, et la dernier.? étincelle de ma foi se conserva sous les décombres de l'édifice ; fruit précieux de la grâce et d'une éducation chrétienne, il ne fut point submergé par la terreur d'iniquités... Le silence des forets, une nuit d'orage, la vue d'un cimetière, le son d'une cloche... réveillaient dans moi la pensée des jugements de Dieu, qu'en vain je m'efforçais de repousser; et, chose étrange! je désirais les bois solitaires, j'aimais à parcourir les champs de la mort. Je cherchais la paix... la paix! et, par la plus incompréhensible contradiction, un instinct irrésistible me ramenait aux lieux qui la détruisaient... »

Dans le mois de juin 1800, faisant partie du corps d'armée qui s'empara de Suze, il se ressouvint du séjour qu'il avait fait dans cette ville et n'oublia pas que là reposaient les cendres de son père et de sa mère. Il prit les hal)itants de Suze sous sa protection et alla même jusqu'à faire passer des vivres aux paysans du village de la Perrière, qui se trouvaicMit pris

entre les deux armées ennemies. Il fit plus encore , il obtint (lu général en chef l'autorisation de faire sonner les cloches pour annoncer les offices, ce qui avait été défendu sous peine de mort , et répondit de tout sur sa tête. Ce n'est pas sans émotion aussi qu'il raconte l'entrevue qu'il eut en 1804, à Paris, avec le pape Pie VII , à qui il fut présenté par un de ses compatriotes , le comte de Viry, et qu'il escorta dans la cérémonie du couronnement de l'empereur.

Un jour, en Allemagne, il sauva un couvent de clarisses des mains des soldats ; souvent il secourut des prêtres proscrits, des émigrés. En 1809, à Paris, en visitant le calvaire au Mont-Valérien, alors occupé par des trappistes, il sentit se réveiller ses souvenirs de Tainié à la vue des chartreux qui creusaient le lit de leur repos... « Dirai -je, s'écrie -t- il, le tumulte de mes pensées au milieu de ces scènes éloquentes et sévères? Dirai -je les déchirements de mon cœur?.. J'aurais voulu... je voulais... et je ne voulais pas! » « Mais, ajoute-t-il ailleurs, ces impressions passagères s'effaçaient bientôt : des marches nouvelles, d'autres combats, les bruits guerriers, la chimère de la gloire et des passions qui ne connaissaient plus de frein, avaient aussitôt étouffé ces commencements de pensées salutaires. »

Ce ne fut que quelque temps avant la Restauration que Mouthon quitta le service militaire. Il entra dans l'administration des douanes et fut placé à Thonon, ville natale du général Dessaix, dont il avait été aide-de-iîamp. Après les Cent Jours, il dut sortir de la Savoie et se retira à Chevry, dans le pays de Gex, où il demeura pendant deux ans, vivant presque au jour le jour, cherchant quelques occupations pour tromper ses ennuis. En 1818, il se rendit à Saint-Genix, après avoir obtenu l'autorisation de rentrer en Savoie; là encore, il vécut difficilement et sans satisfaction pour son imagination ardente, car il en fut réduit à donner des leçons de mathématiques au fils d'un aubergiste de la localité. P'atigué enfin de cette lutte avec la vie , il résolut de revenir à sa première vocation religieuse.

Mouthon n'accomplit pas son projet aussi facilement qu'il aurait pu se l'imaginer. Il dut faire des démarches réitérées pour entrer au petit séminaire de la Roche, et ce ne fat pas sans difficultés qu'il obtint l'autorisation de suivre une retraite dans cet établissement. Il parvint cependant à son but vers la fin de 1818; il reprit dès lors l'habit religieux, fit un pèlerinage à Notre-Dame d'Oropa et au mont Varallo en Piémont, visita Tamié et se renferma dans

l'abbaye de la Novalaise en janvier 1819. A lu fin du mois d'août de la môme année, il fut chargé de la direction de l'hospice du mont Cenis ; forcé d'accepter cet emploi , il le remplit avec zèle et dévouement jusqu'au moment où le découragement le fit se démettre de ces fonctions fatigantes pour retourner à Suze : c'était en avril 1820. Bientôt, comme si la fatalité l'eût poursuivi jusque dans sa pauvre retraite, il en sortit à cause des tracasseries auxquelles il était en butte de la part du supérieur du monastère, qui craignait en lui un homme dont l'esprit élevé et la brillante intelligence avaient attiré les sympathies de tous les membres du clergé voisin. Il entra alors chez les capucins sous les noms de Félix -Marie, et habita plusieurs couvents de cet ordre en Savoie : celui de Chàtillon d'abord, celui de la Roche en 1822 en qualité de gardien, celui de Chambéry en 1823 comme maître des novices; puis il retourna à Chàtillon en 1824 et fut replacé à Chambéry l'année suivante. En 1827, après avoir vainement tenté d'être reçu à la Grande -Chartreuse, il fut admis dans l'abbaye d'Hautecombe, que Charles-Félix venait de confier à des cisterciens , et il reprit l'habit et le nom sous lesquels il avait prononcé ses premiers vœux à Tamié. Quelques années plus

tard, vers i851 , il changea de nouveau d'ordre religieux et se retira dans le couvent des capucins de Suze, où il mourut en 1832.

Ces revirements extraordinaires qui marquèrent l'existence de Mouthon, successivement moine chartreux, soldat, capucin, puis cistercien et de nouveau capucin, indiquent combien était ardente cette àme toujours tremblante d'une agitation fébrile. Egalement exalté dans la stalle du monastère et sur le champ de bataille ; chantant avec le même enthousiasme les versets sacrés ou les hymnes de victoire, cet homme était une de ces natures exceptionnelles pour lesquelles il n'y a de milieu en rien ; dans la vie civile, sans frein, libre dans ses pensées et ses actions , il brûle de tous les feux profanes ; dans la vie religieuse, une fois revenu de ce qu'il appelle ses égarements, son âme s'exalte au souvenir de ses fautes et se répand en gémissements qu'il n'hésite pas à rendre publics, comme pour attirer sur lui une réprobation méritée; il court après le reproche, il le recherche presque avec passion , le sollicite et va jusqu'à s'étonner que ses péchés ne soulèvent pas autour de lui un tonnerre de malédictions.

Ce fut sous l'impression de ce sentiment que Mouthon publia quatre brochures en vers : le Jardin du Monastère; la Grande- Chartreuse ; les

liai nos de Tamié (le la nùséricorde

r Eternité, Suze, 1832. Ces brochures^enferment

la confession du pécheur. La seconde , surtout , éclate en sentiments d'une sincérité et d'une abnégation suprêmes ; l'auteur, à chaque page , s'y frappe durement la poitrine ; ses erreurs y sont stigmatisées sans ménagements; il y déchire son cœur et jette à la voirie les lambeaux de son àme indigne et pourtant repentante ; et, comme si c'était encore trop se relever aux yeux de ses semblables que de se meurtrir en langage poétique, il ajoute des notes qui achèvent l'exécution du criminel avec une barbarie sans exemple. Bien que l'on ne puisse approuver en tous points le sentiment outré qui domine dans cette œuvre expiatoire, on doit cependant avouer qu'il a fait naître parfois des élans remarquables sous la plume de l'auteur; qu'il a fait jaillir de ce cerveau enivré de remords des idées dont la grandeur ne le cède en rien à celles des plus illustres désespérés.

Dans r Eternité, écrite en vers libres, la verve de Mouthon n'est pas moins grande; mais le pécheur exalté y a déjà, fait place à l'homme animé d'une contrition plus calme; son àme s'est abîmée dans de froides réflexions

SOUS les sombres voûtes du cloître , et la fin de toutes choses, le néant, dans sa noire immensité, lui inspire la terreur'; l'oubli du passé commence à envahir son cœur où le vide se fait, et tout son espoir se tourne vers l'éternité. Par instants, ramené à des idées plus riantes par l'assoupissement de sa colère , il rime des stances et des odes , et il laisse sa plume tracer avec une certaine grâce le Retour du Pèlerin, une Prière et un Acte d'amour.

ILa poésie de Mouthon est loin d'être sans défauts; mais on ne peut s'empêcher de conslater qu'il y a dans ses vers les signes évidents auxquels on reconnaît le vrai poète ; ses phrases coulent avec facilité et l'idée se développe sans gêne et sans fausses expressions.

Si Mouthon eût pu donner à son talent toute la perfection dont il était susceptible , il eût incontestablement brillé d'un vif éclat au , milieu des poètes de son époque.

* It écrivait à sa sœur le G mai 1831 : « Tu me parles de» nouvelles productions que je viens de lerminer. (Test un recueil de vers, de pensées sur l'éternité; il se ressent du voisinage du tombeau : c'est ma pensée de tous les moments. >

iOO FÉLIX- MARIE -EMMANUEL MOUTHON.

UN JOUR ET UNE NUIT DANS LES RUINES DE TXHiÈ

Sion, tes portes sont détruites, Le temple tombe, et ses lévites Loin de toi fuyent éplorés ; Aux débris de ton opulence.

Tes harpes dorment en silence ; Pleurez, anges de paix, pleurez.

Voilà donc cette solitude Où jadis, sans inquiétude.

S'écoulaient mes jours fortunés!

Dieu! puis -je étouffer un murmure Quand le flambeau de la nature Luit sur ces cloîtres profanés?

Autrefois le pieux cantique Résonnait sous ce dôme antique.

De paix, de gloire couronné.

Maintenant Toiseau des ténèbres Fait retentir de cris funèbres Ce temple auguste abandonné.

J'ai vu Vautel du sacrifice Où chaque jour d'un Dieu propice Le sang pour nous était versé.

Aujourd'hui sa lampe est éteinte,

FÉLIX-MARIE-EMMANUEL MOUTHON. iOl

L'herbe croît sur la table sainte , Son tabernacle est renversé.

J'ai vu cette enceinte sonore D'où nos chants, devançant l'aurore.

Etaient dans les airs prolongés.

Sans culte, seule et taciturne; Et le vol du hibou nocturne Frappe seul ses murs outragés.

Combien à mon ûme attendrie Plaisait notre austère harmonie.

Où récho chantant tour à tour Semblait formé du chœur des anges, Qui, rendant au ciel nos louanges, Doublaient la voix de notre amour !

Où sont tes fêtes solennelles.

Quand des collines éternelles L'hymne céleste était chanté?

Hélas ! un lugubre silence Glace de sa morne éloquence Le voyageur épouvanté !

Mais peut-être la tombe obscure. Qu'en tous lieux respecte l'injure, Où le temps même est arrêté, Aura sauvé des mains vandales Au moins les couches nuptiales Des époux do l'éternité.

i02 FÉLIX- MARIE -EMMANUEL MOUTHON.

Je descends sous la sombre voûte.

Mon cœur bat... Je vais voir sans doute Ses immobiles habitants :

Espoir trompeur, vaine chimère!

J'y trouve la mort solitaire Pleurant l'exil de ses enfants.

La horde impie et meurtrière Troubla la tombe hospitalière Sans pudeur comme sans remords.

Tombeaux, vos portes sont ouvertes, Les catacombes sont désertes.

Us ont môme effrayé les morts!

Sortant de ce noir sanctuaire.

Que vois- je?... un spectre à Tœil sévère

S'avançait du fond des dortoirs:

« Viens, me dit-il, fils infidèle;

« Vois ta cellule... elle rappelle

« Et ton parjure et tes devoirs. »

Je m'écriai : « Miséricorde ! »

Couvert d'un sac, ceint d'une corde.

Tète et pieds nus, le cœur brisé.

Soudain la voix de l'espérance Me dit: « Dieu voit ta repentance. »

Le spectre s'enfuit apaisé.

J'ai connu ta voix , ô Marie !

Dans ces paroles d'amnistie ;

Oui, je les dois à ta pitié.

Tu le sais, malgré ma démence.

Jamais ton nom, dès mon enfance.

De mon cœur ne fut oublié.

En vain j'ai cherché quelque reste

De cet oratoire modeste

Qu'aux jours heureux j'ornais de fleurs;

Ils en ont effacé la trace ;

Mais j'en ai reconnu la place

Par mes souvenirs et mes pleurs.

Le jour s'éteint, et ses murailles,.

Sous l'appareil des funérailles.

Autour de moi semblent gémir ; Et le torrent de la montagne , Roulant ses flots, les accompagne D'un mugissant et long soupir.

Mais en vain ma présence étonne Ce cloître sourd qui m'environne.

Tamié!...tu n'entends plus ma voix; Je m'arrache h tes tristes charmes.

Et mes yeux, épuisés de larmes, T'ont vu pour la dernière fois.

i04 FÉLIX-MARIE- EMMANUEL MOUTHON.

DÉGRADATION DE L'HOMMB

Grand Dieu, Thomme à ce point dégrada ta copie!

Sortant de ton pinceau, ton image est salie.

Et ton ouvrage à peine était exécuté,

Qu'on te voit repentant de l'avoir inventé.

En absinthe, en chardons, ta vigne est convertie;

Tu dois, toi-même un jour, en goûter Tâpreté!...

Qu'ils sont amers, les fruits de cette vigne aigrie!

Aux portes du jardin de Satan infesté,

Abel meurt sous le coup par son frère porté!...

L'univers n'est bientôt qu'une vaste anarchie ;

Avec ses habitants l'horreur se multiplie;

Mais son cri de révolte au ciel était monté ;

Le grand abîme s'ouvre a tant d'atrocité.

Et sous les flots vengeurs, la terre est engloutie!...

Ce globe au sein des eaux, que n'est-il avorté?

Et s'il renaît plus pur, l'a- 1- il longtemps été?

Hélas I la terre ù peine est-elle raffermie,

Que ce monde nouveau contre toi se rallie;

Par les oracles saints, son crime est attesté.

Du genre humain déchu, seconde dynastie,

Elle prouva bientôt sa triste affinité.

Ce monde (ils étaient huit) du naufrage excepté,

A peine eut abordé la terre reverdie.

Qu'il parut comme l'autre en sa moelle gâté.

FÉLIX -MARIE -EMMANUEL MOUTHON. i05

La terre est bien la même, une vase croupie Que se disputeront les vers, l'impureté. De son tombeau flottant à peine elle est sortie. Par la honte d'un père un fils a débuté ! Mais Dieu frappa, maudit, l'atroce raillerie. Et d'un père outragé vengea la dignité.

(L'Etbkwit^, seconde partie.)

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