‹ Les poètes de la SavoieChapitre 76 sur 89 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

PlàcB INÉDITE

L'automne avait jauni le feuillage du hêtre. L'orage des hivers précipitait ses pas, Et, triste sur le bord du nid qui la vit naître, Une jeune hirondelle ainsi disait tout bas :

« Adieu , berceau chéri de ma première enfance Où le bonheur un jour sembla me caresser. Où je vis, au travers d'un rayon d'espérance, Ma première heure commencer.

« Douces illusions!... Vous ne fûtes qu'un rêve Que le vent du malheur a bien vite détruit!... Ainsi s'évanouit, quand le soleil se lève, La fraîche vapeur de la nuit.

€ Vers de lointains climats, seule, hélas! je m'envole; Seule... Oh! combien j'ai peur! mais pourquoi donc partir? Près du nid maternel dont l'aspect me console. N'est-il pas plus doux de mourir?

« Seule... et lorsqu'à la fin d'une longue journée Mon aile de fatigue et d'ennui tombera. Qui, prenant sur son sein ma tête infortunée. De sa voix me consolera?...

« Seule... et qui m'offrira, sur la terre étrangère.

Le tribut consolant d'une tendre pitié?

Qui, du gecret fardeau de ma douleur amère,

Voudra supporter la moitié ? *

« Seule... Oh! j'avais pourtant une compagne aimante Dont l'âme tendrement un jour me consola... Mais, las! même l'amour du malheur s'épouvante... Je restai... ma sœur s'envola!

« 0 ma mère , pourquoi n'ai -je pas pu te suivre Lorsque vint te frapper la flèche du chasseur? Quel terrible destin me force à te survivre En éternisant ma douleur?

« Quelle heure dont mon cœur conserve la blessure! J'avais vu s'écouler l'instant de ton retour Et j'attendais encor la douce nourriture Qu'allait me choisir ton amour.

« Et mon père revint... Il était seul, mon père; Son regard était triste et son vol incertain. Et ma mère, lui dis- je, et ma mère, et ma mère?... Sa tête tomba sur son sein !...

« Je compris mon malheur! Dès lors pauvre orpheline , Mon père sembla plus ne vivre que pour moi ; Et lorsque je pus seule errer sur la colline Il alla dormir près de toi !

« Et moi j'ai vécu seule, et j'ai fui mes compagnes; Car devant ma douleur elles auraient souri ; Le jour, j'allais errer au sommet des montagnes, Puis je rentrais sous mon abri.

« Mais déjà des frimats tombe la blanche mousse , Et le froid aquilon vient presser mon essor , J'obéis à regret à l'instinct qui me pousse , Oh ! je voudrais rester encor !

« Adieu donc, doux berceau de ma première enfance, Adieu!... je vais traîner, sur des bords inconnus, D'un précoce abandon la trop longue souffrance... Oh ! si je ne te voyais plus !

« Adieu , vous qui dormez sous le gazon champêtre , Adieu , que le repos à vos ombres soit doux ; Et lorsque reviendra Theureux printemps, peut-être Je viendrais dormir près de vous !

« Adieu!... » Long fut l'hiver qui flétrit la nature. Le nid fut dégradé par Tongle des frimas , Et, lorsque le printemps ranima la verdure, Près des siens Thirondelle, hélas! ne revint pas!

Antoine Bally.

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