BALLADE DES MANGEURS DE GAUDES
Il est un pays où la Loue
Hurle comme un troupeau de loups,
Où le rude Jura dénoue
Sa haute chaîne aux bords du Doubs,
Où dans les prés, cloches au cou.
Paissent les génisses rougeaudes.
Eh bien, ce pays, c'est chez nous, —
Nous sommes les mangeurs de gaudes!
Il est un pays dont on loue Le clairet pétillant et doux, Où les filles ont sur la joue Le hâle d'or des soleils roux; Où les donneurs de rendez-vous Ne connaissent ni biais, ni fraudes.
Eh bien, ce pays, c'est chez nous, — Nous sommes les mangeurs de gaudes l
Il est un pays où la roue
Du char de l'ennemi jaloux
Ne passe pas sans que la houe,
La faux et les épieux de houx
Ne frappent de terribles coups,
Où les gars sont fiers sous leurs blaudes.
Eh bien, ce pays, c'est chez nous. —
Nous sommes les mangeurs de gaudes 1
Tyrans, craignez notre courroux; Car nous comptons des tètes cluiudes Dans le beau pays de chez nous. — Nous sommes les mangeurs de gaudes!
{Autour du Clocher.)
CHARLES DORNIER
M. Charles Dornior est né à Liesles (Doubs) le 20 janvier 1873. 1 appartient à une vieille famille comtoise issue de la haute aontagne. Le village d'Arçon, près Pontarlier, patrie du maéchal d'Arçon, est presque uniquement peuplé de paysans qui )ortent le nom de Dornier. Un Dornier fut conventionnel. Le )ére de notre poète était forgeron. 'L'enfance de M. Charles Dorlier se passa alternativement à Liesle , décor pittoresque où •erpente la Loue, et qu'une vieille légende a fait appeler le Val l'Amour, et à Saint-Juan, près de l'abbaye et de la glacière de a Grâce-Dieu, chez des grands-parents, en pleine montagne, lans un pays de fortes traditions. .Après son service militaire, lyant pris ses grades à l'Université de Besançon, il entra dans 'enseignement, séjourna successivement à Meaux, à Chartres, i Versailles, et vint eulin se fixer à Paris. Il a publié deux recueils de poèmes, La Chaîne du Rêve (Paris, Société de libr. et l'impr., l!)05,in-18), et L'Ombre de l'Homme (ibid., 1908, in-18).
M. Charles Dornier est un de nos meilleurs poètes régioaaux. Son vers souple et d'une facture originale rappelle par- 'ois les premières productions du maître Emile Verhaeren. Il i décrit avec bonheur quelques-uns des sites pittoresques du pays comtois.
Bibliographie. — G. Zidler, M. Charles Dornier, Revue des Poètes, 10 juin 1903.