Coteaux
Que mon heur, si je l'ose dire, Je ne vouldroy quitter aux Dieux :
Car ou soit qu'un livre je tienne, Ou qu'en resvant il me souvienne Des yeux qui m'enflamment le sein, Ou qu'en chantant je me promeine, Toute sorte de dure peine Et d'ennuy me laisse soubdain.
Toutes fois il faut que je parte, Et fault qu'en partant je m'escarte De vos solitaires destours, Pour aller en pays estrange, Sous l'espoir de quelque louange Malement travailler mes jours.
O chaste vierge Delienne, De ces montagnes gardienne.
Si j'ay tousjours paré ton dos D'arc, de carquois et de sagettes, Couronnant ton chef de fleurettes Et sonnant sans cesse ton los :
Fais que long temps je ne séjourne, Ainçois' que bien tost je retourne, En ces lieux à toy dédiez, Revoir de tes nymphes la bande.
Afin qu'en ces autels j'appende Mille autres hymnes à tes pieds.
Mais soit qu'encore je revienne Ou que bien loing on me retienne, Il me resouviendra tousjours De ce jardin, de cesle plaine, De ce boys, de cestc fontaine.
Et de ces cousteaux d'alentour.
{Odes.)
SONNET
Hien heureux est celuy qui, loing de la cité.
Vit librement aux champs dans son propre héritage,