C AN SOU
Filis, se n'ovèz lou cor Escoutaz oquel que mor
De qualquo tigre, Per vous de migro.
Sortez, bel astre d'amour, — Et la nuit sombre, — Plus plaisante que le jour, — Sera sans ombre.
Car tous ces petits flambeaux — Qui sont à l'air — Céderont à votre œil — Tout leur éclair.
Je crois que tout me plaint, — Mais vous, méchante,
— L'auteur du jour qui resplendit — ]N"èles lang-uissante.
Le ciel n'est pas plus pur — Que l'eau de ma peine — De qui vient l'humidité — De la sereine.
Vous ne pourriez guère dormir — Si dans votre âme
— L'amour faisait comme en moi, — Si mauvaise alarme. Plût à Dieu que votre œil ouvert, — Que le sommeil
clôt, — Vit combien mon cœur découvert — Est enflammé.
[Œiwres de Pierre Roussel, etc.; 1839.)
Sourtéz, bel astre d'omoiir,
Et lo néch soumbro, Plus plozento que lou jour,
Sero sans ourabro. Tuch oquèùs petits florabùls,
Que sount o l'ayre, Céderont o vostres els
Tout lour esclayre.
lo crezi que tout me plant,
Mas vous, meyssanto, L'echo d'ol tour, que resplant,
N'es longuisanto.
Lou cèl puro de piotat,
Quo de mo peuo :
D'oqui vet l'huniiditat
De lo sereno.
Vousnoupouyriasgrodurmi,
Se dins vostro arnio L'omour fo/.io coumo o mi
To malo olarmo.
Plét o Diù, rostre él dubèrt.
Que lo sotiQ cluquo, Veguèt moun cor descubèrt
Coumen oluquo!
ARNAUD DAUBASSE
Selon un de ses plus anciens biojïraphcs. l'abbé Taîlh«. Arnaud Daubasse, né à Moissac (Tarn-et-G.) lo 2 octobre 1657. était le fils d'un modeste fabricant de peignes, chef d'une nomlH'i><isc famille. On sait peu de chose sur sa vie, et moins encore sur sa jeunesse. Il vint habiter Villeneuve-d'Ageuais et s'y maria lo 20 janvier 1681. avec Jeanne Laboury, ainsi qu'il appert de son contrat de mai iage publié récemment par sou dernier éditeur, M. A. Claris. Daubasse s'établit comme maître peignier et cabareticr dans la maison de son bcau-pére. sise rue de Bourgogne, à Moissac. et ne tarda pas à acquérir une réputation de plaisant esprit. Ses premiers vers, qu'il récitait avec vervo, lui valurent une clientèle choisie. Le duc de Biron, le comte de Fumel. le marquis de Bel/.unce. M'»» do Rigouliores. etc., se faisaient, dit-on. un honneur de l'attirer dans leurs châteaux et de le recevoir à leur table. Daubasse payait son éeot en saillies et en rimes que le populaire se plaisait à colporter ensuite. Il eut dans quelques salons renommés d'Agen. de Montauban, de Toulouse et de Marseille, des succès que lui auraient enviés des écrivains notoires ou. plus que lui. dignes de lètre. et l'on afQrme que le maréchal de Moutrevel et le duc de Berwick lui témoignèrent quelque amitié. Au contact des grands, sa musc ne perdit rien de sa belle humeur et de sa franchise rustique. Cet artisan avait le verbe haut et le trait piquant. Plus d'un de ses compatriotes éprouva les etVets de sa causticité. Il moilTut le 6 octobre 1720. laissant un bagage varié de quatrains, d'épigrammes. de chansons et de pièces diverses : impromptus légers où la grâce étincelle. Simplicité, humour, fantaisie, furent ses meilleurs dons. Ses poésies, publiées pour la première fois par l'abbé Tailhé. à Villeneuvc-sur-Lot, en 1796 (imprimerie CurriusfiIs.MDCCCLXXXXXVl [sic], in-12), furent réimprimées dans la même ville, chez l'imprimeur Glady, en 18:59. in-8». On a donué assez récemment une édition plus correcte et partant conforme à l'esprit do l'auteur : Œuvres complètes du poète Arnaud Daubasse, maître peignier de VUleneuve-siir-Lot, nouv. éd. avec une notice, de nombreuses notes et la traduction des poésies patoiscs en icrs français par A. Claris. Villeneuve-sur-Lot, impr. Ed. Chabrié, 1888, iu-S». Bien qu'il se soit exercé dans
tous les genres et qu'il ait môme écrit des cantiques, Daubasse excelle dans les petites pièces.
Bibliographie. — Abbé Taiihé. Préface aux Œuvres d'A. Daubasse, 1796. — E. Lebroue, Mémoire sur le poète A. D., sa Vie et ses Œiwres, 1873, in-8». — Mary-Lafon, Histoire littér. du Midi de la France, 1882. — J.-B. Noulet, Essai sur l'hist. littér. des patois du Midi de la France, seizième et dix-septième s., etc. 1859. — A. Claris, Préface à la 3" éd. des Œucres complètes de Daubasse, 1888. — E. Bourcie/., Les Poés. pat. d'A. D., Paris, 1888.