‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 186 sur 284 · LA BUGADO · texte numérisé non relu

LA BUGADO

Se soun lebados pla mati, Las labairos, e, per parti, Bisle, sans se trop escouti, Caduno al galop s'es coufado:

D'un grand pas lou pitiou troapcl Camino cat al ribatel; Din de descos, sul toumbarel, Lous beus ban traina la bugado.

Sus la carrcto an lour banquot, En courren miutjon un crouslet.

3l8 LES POÈTES DU TERROIR

— Aussi pauvres d'esprit que peu frileuses, — Elles se retroussent sans honte, — Puis, suffoquant de chaleur,

— Elles laissent brassières, jupons, — Afin de travailler mieux — Et d'aller plus vile en besogne...

Elles ne ferment pas la bouche... jamais! — Toutes elles disent ce qui leur plaît, — L'une beaucoup, l'autre encore plus... — De chacun elles tirent l'horoscope, — Elles salissent trois fois plus de gens — Qu'elles ne lavent d'habillements : — Elles égratignent tout, plus ou moins, — Mais leur conscience est toujours propre!

Cependant, sur les prés, alentour, — La moins bavarde étend toujours — Le linge, et quand tinte midi — Il est bien temps de boire un peu. — Il y a des oignons cuits au four, — Du pain, du vin, du saucisson. — Sans cesser son vain bavardage — Aussitôt la troupe déjeune.

Ensuite, elles se remettent à la besogne. — Criant fort, chantant haut,

Tan paiiros d'esprit que de fret,

Soun retroussados sans bergougiid,

Pei, debouridos de caloti

Qiiiton brassièros, coiitilhou,

Pertan de trabalha millou

Et d'ana pus biste en besougno...

Barron pas la bouco... jamai !

Toutes dison ço que lour plai,

Uno bien, l'autre enquèro mai...

Sus cadun tiron de l'escopo,

Salisson très cots mai de gens

Que nou labon d'habillomens ;

Zou graupignon tout, mai ou mens,

Mais lour counscienço es toujoin* propo 1

Saquela. pel prat, à l'en':our

La men babardo esten touijour

Lou lintge, «; quan souno metjour

Es ten de heure uno brigallio,

Y a d'agnous un four enipenat

De pa, de bi. de cerbelat,

Sans quitta de fa soun sabat

Alabcls la troupo brespallio.

Apei. 86 tornon meltre en trin,

A crida fort, à canta prin,

GASCOGNE ET GUYENNE 3i9

— Elles pouffent de rire et mènent grand tapage. — Cependant le soleil descend, — Avant qu'il se couche elles ont fini. — Qui saurait alors combien de fois elles ont menti? — Qui croirait tout le mal qu'elles ont dit — Sur un tel et sur une telle ?

Et quand le linge est rassemblé, — Dans les grandes corbeilles quand il est remis, — Et que sur la charrette il est chargé, — Le bouvier, qu'elles appellent, vient le chercher; — Elles s'en vont en devisant — De ce ([u'elles aperçoivent en chemin, — Soit des trèfles chétiis de Jean,

— Soit des gros potirons de Pierre...

Enfin, le soir, c'est grand festin. — Dans les casseroles ronflantes — Cuisent poulet ou lapin; — Et la marmite à la crémaillère est pendue; — Chacune tout autour d'un grand feu — Se prélasse comme un préfet! — Elles font bombance, repas complet, — Et puis les crêpes pour la veillée'.

{A travers les Sillons.)

S'esclafan, menon un fol tria :

Entr'estan lou soulel dabalo.

Aban que se coutchc an fenit.

Cal saurio tout col qu'an mentit?

Cal crerio tout lou mal qu'au dit

Sus un tal e sus uno talo?

Lou lintje un cot arremousat,

Dius las grandes descos tournât,

Et sus la carreto cargat,

L'home, qu'an cridat. ben lou querre;

S'en tornon en bargaletjan

De çio que besoun en raarchan, ^

Sus la piètro trèflo del Jan

Ou las brabos coutsos del Pierre...

Enfin, lou sero. grand festin;

Dins las casseroles, brutzin,

Se cosoun poulet ou lapin.

E l'oulo al carmal es penjado;

Caduno a l'entour d'un grand fet

Se palaiso counio un prelet !

Fan ripalho, soupa coumplet

E las crespos à la belhado.

(A trabhs Rcg-os.) l. Traduction de Paul MarvUis.

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