LA-BAS, LA-BAS, DANS UNE COMBE
Là-bas, là-bas, dans une combe, — On y sème de si beau blé !
Et pendant qu'on le semait, — Vierge Marie vint à passer :
— Dieu te soit en aide, bouvier bonhomme. — Le beau blé que vous semez là!
— Oh! vraiment, ma belle dame, — Le bel enfant que vous portez là!
AVAL, AVAL, DINZ UNA COUMBA
Aval, aval, dinz una coumba, Lei samenoun de tan bel blad '.
E del tems que lou samenavoun, Vierja Maria vet a passar :
— Dieu vous adjueda, bouler boua orne, Lou bel blad que vous samenatz !
— Oh! vraimen, ma bêla dama, Lou bel efan que vous pourtatz!
\. Bisser chaque distique.
— Oh ! (lis-moi, bouvier bonhomme, — Si tu pouvais le sauver 1
— Oh! vraiment, ma belle dame, — Je le ferais si je le pouvais.
— Enlève-moi de là une motte de gazon, — Afin que je puisse me cacher sous terre.
Mais pendant qu'elle rentrait sous terre, — Le blé fleurit et mûrit.
— Oh! va-t'en chercher tes faucilles, — Tes moissonneurs pour moissonner.
Mais pendant qu'on moissonnait, — Grande troupe vint à passer :
— Dieu te soit en aide, bouvioi' bonhomme. — Le beau blé que vous moissonnez là!
Oh! vraiment, bouvier bonhomme, — Si tu voulais nous dire la vérité!...
— Oli! disa me, bouier l)onn orne.
Se lu lou me puudias sauvai-!
— Oh! vraiinen, ma bêla dama, Icu zou faria so ieu poudia.
— Leva me d'ati tina gliva, Qu'ieu loi me pucscha suusturar,
Mas dcl teins que la souslerava, ."^ouQ blad lluurit, atnais granet :
— Oh! vai t'en querre tas faiicilhas, Tous meissouuiers per meissounar. —
IVfas dcl toms que lou meissounavouD, Granda troiipa vet a passar :
— Dieu vous adjuoda, bouier boiin orne. Lou bel blad que vous meissounat/!
Oh! vraiinen, bouier boun omc, be tu nous disias la verlat!
— Je vous la dirais, beau capitaine, — Je vous la dirais si je la savais.
— Aurais-tu point vu passer une dame, — Avec un infant dans les bras ?
— Si fait, si fait, beau capitaine; — Mon blé était à oeine semé.
— Oh! dis-nous, bouvier bonhomme, — Combien y i-t-il que ton blé est semé .'
— Oh! vraiment, beau capitaine, — Il y a sept jours ^u'il est semé.
— Tu mens, bouvier bonhomme. — Il y a un an qu'il est semé.
— Non pas, non pas, beau capitaine. — Il n'y a que sept jours qu'il est semé.
Quand grande troupe fut éloignée , — Vierge Marie s'est levée :
— Dieu te soit en aide, bouvier bonhomme. — Aussi bien tu as su parler.
— La vous diria, bel capitani, La vou diria se la sabia.
— Aurialz vous vist passar' na dama En d'ua efan entre sous bras?
— Sai pla, sai pla, bel capitani, Moun ])lad n'era mas samenat.
— Oh! disatz nous, bouler boua home, Quam i a que toua blad es samenat?
— N'i a mas set jours, bel capitani, N'i a mas set jours qu'es samenat. —
— Tu nous trompas, bouior bouu oiu >, I a uu an que l'as samenat.
— Xoun gra, noun gra, bel capitani, Xi a mas set jours qu'es samenat.
Quan granda troupa fuguet passada, Vierja Maria s'en es levât :
— Dieu vous adjueda bouler boun ome.
Ta pla tu as saugut parlar I
Prie pour l'âme de ton père, — Mais ne prie pas pour la tienne.
Eusses-tu tuéjpère et mère, — Tout te sera pardonné.
{Recueillie à Saint-Priest-de-Gitnel.]