‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 263 sur 284 · LA-BAS, LA-BAS, DANS UNE COMBE · texte numérisé non relu

LA-BAS, LA-BAS, DANS UNE COMBE

Là-bas, là-bas, dans une combe, — On y sème de si beau blé !

Et pendant qu'on le semait, — Vierge Marie vint à passer :

— Dieu te soit en aide, bouvier bonhomme. — Le beau blé que vous semez là!

— Oh! vraiment, ma belle dame, — Le bel enfant que vous portez là!

AVAL, AVAL, DINZ UNA COUMBA

Aval, aval, dinz una coumba, Lei samenoun de tan bel blad '.

E del tems que lou samenavoun, Vierja Maria vet a passar :

— Dieu vous adjueda, bouler boua orne, Lou bel blad que vous samenatz !

— Oh! vraimen, ma bêla dama, Lou bel efan que vous pourtatz!

\. Bisser chaque distique.

— Oh ! (lis-moi, bouvier bonhomme, — Si tu pouvais le sauver 1

— Oh! vraiment, ma belle dame, — Je le ferais si je le pouvais.

— Enlève-moi de là une motte de gazon, — Afin que je puisse me cacher sous terre.

Mais pendant qu'elle rentrait sous terre, — Le blé fleurit et mûrit.

— Oh! va-t'en chercher tes faucilles, — Tes moissonneurs pour moissonner.

Mais pendant qu'on moissonnait, — Grande troupe vint à passer :

— Dieu te soit en aide, bouvioi' bonhomme. — Le beau blé que vous moissonnez là!

Oh! vraiment, bouvier bonhomme, — Si tu voulais nous dire la vérité!...

— Oli! disa me, bouier l)onn orne.

Se lu lou me puudias sauvai-!

— Oh! vraiinen, ma bêla dama, Icu zou faria so ieu poudia.

— Leva me d'ati tina gliva, Qu'ieu loi me pucscha suusturar,

Mas dcl teins que la souslerava, ."^ouQ blad lluurit, atnais granet :

— Oh! vai t'en querre tas faiicilhas, Tous meissouuiers per meissounar. —

IVfas dcl toms que lou meissounavouD, Granda troiipa vet a passar :

— Dieu vous adjuoda, bouier boiin orne. Lou bel blad que vous meissounat/!

Oh! vraiinen, bouier boun omc, be tu nous disias la verlat!

— Je vous la dirais, beau capitaine, — Je vous la dirais si je la savais.

— Aurais-tu point vu passer une dame, — Avec un infant dans les bras ?

— Si fait, si fait, beau capitaine; — Mon blé était à oeine semé.

— Oh! dis-nous, bouvier bonhomme, — Combien y i-t-il que ton blé est semé .'

— Oh! vraiment, beau capitaine, — Il y a sept jours ^u'il est semé.

— Tu mens, bouvier bonhomme. — Il y a un an qu'il est semé.

— Non pas, non pas, beau capitaine. — Il n'y a que sept jours qu'il est semé.

Quand grande troupe fut éloignée , — Vierge Marie s'est levée :

— Dieu te soit en aide, bouvier bonhomme. — Aussi bien tu as su parler.

— La vous diria, bel capitani, La vou diria se la sabia.

— Aurialz vous vist passar' na dama En d'ua efan entre sous bras?

— Sai pla, sai pla, bel capitani, Moun ])lad n'era mas samenat.

— Oh! disatz nous, bouler boua home, Quam i a que toua blad es samenat?

— N'i a mas set jours, bel capitani, N'i a mas set jours qu'es samenat. —

— Tu nous trompas, bouior bouu oiu >, I a uu an que l'as samenat.

— Xoun gra, noun gra, bel capitani, Xi a mas set jours qu'es samenat.

Quan granda troupa fuguet passada, Vierja Maria s'en es levât :

— Dieu vous adjueda bouler boun ome.

Ta pla tu as saugut parlar I

Prie pour l'âme de ton père, — Mais ne prie pas pour la tienne.

Eusses-tu tuéjpère et mère, — Tout te sera pardonné.

{Recueillie à Saint-Priest-de-Gitnel.]

Page 1