‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 48 sur 284 · MA MAISON · texte numérisé non relu

MA MAISON

On dit (juc ce pays est triste, Que son climat est sombre et froid, Que le voyaj^-cur et l'artiste S'éloignent de ce ciel étroit.

Et pourtant, lorsque j'examine Ce site à l'horizon prochain,

t. La Plume, 1893.

Qui commence et qui se termine Dans un pli lég-er du terrain,

Il me paraît que la nature West pas la même ici qu'ailleurs, Et qu'en aucun lieu la verdure N'a de ces profondes couleurs.

Parmi la broussaille touffue Brille la tuile au ton joyeux ; Du vert qui repose la vue Et du rouge qui rit aux yeux.

C'est moins un bois qu'une charmille, Plus un vallon qu'une hauteur; C'est chaste comme la famille Et calme comme le bonheur.

On sent qu'une douce existence Doit s'abriter en ce réduit ; Elle s'ouvre sur le silence Et se referme au premier bruit.

Oui, tout me charme et me pénètre Dans ce coin de terre et de ciel.

Si j'étais fleur, j'y voudrais naître ; Abeille, j'y ferais mon miel.

Rossignol, je serais fidèle Aux échos de ce site ombreux.

Et je nicherais, hirondelle, A l'angle de ce toit heureux.

Pourquoi? je m'en vais vous le dire, Et vous me donnerez raison :

Ce site et ce toit que j'admire, C'est mon pays et ma maison.

{Chansons, 1870.

JULES WATTEEUW

Ce poète populaire est nô à Tourcoing en 1849, au momonl où la foire annuelle, la grande ducasse, ainsi qu'on l'appelle dans le Nord, menait son train. Sa famille le destina au commerce. Plus tard, il se rendit célèbre en composant des chan sons patoises; l'une d'elles, L'Coalonnciix, est fort répandue dans la région. M. Jules Watteeuw diriga pendant plus de vingtcinq ans un journal patoisant, Le Broutteux, dout le titre et le caractère sont un singulier défi à la médisance de Brûle-Maison, qui prétendait que les Tourquennois manquent de finesse e% de malice. Il a fait paraître en outre un Armenaque (1888 à 1908> et plusieurs recueils de Chansons, Fables et Pasquilles (Tourcoing, chez l'auteur, 1882, 1891, 189" et 1902, 4 vol. in-8°) : ces derniers ont fourni la matière d'une sorte d'Anthologie de luxe, illustrée par les artistes de Roubaix-Tourcoing et publiée en 1901. M. Jules Watteeuw, on l'a dit, n'est point seulement un écrivain d'humeur populaire; c'est encore un historien local et un linguiste d'un réel mérite. Le glossaire de ses œuvres est un commencement de dictionnaire d'un dialecte où le vieux picard domine, et que l'on consultera utilement. Il est l'auteur de deux ouvrages documentaires : Jlist. de Tourcoing (Tourcoing, 1902, in-8") et Tourcoing au dix-ncuvi'enie siècle (ibid., 1904, in-8»).

niBLlOGRAPniK. — Léon Hocquet, M. Jules Watteuw et sa brouette, Journal do Roubaix, 7 octobre 1907.

L'COULONNEUX

Ah! lin. ch'est vus, quoq' vus nvcz, Adèle, Qu'in n'vous vot pus jamais A nou majon.' C'malin acore, je rdijos A Fidèle, Quo qui arot bon, voyons, pou tcheuc raijoni — Ah! ouais, taiji-vus, Elisse,

Ch'est que j'ai po l'tcliœur contint; T'nez, pei'dcz inn' petit' prisse, J'vas vous conter min cliongrin.

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