BÉRANGER
Béranger (Pierre-Jean de) naquit à Paris le 19 août 1780 et il y mourut le 16 juillet 1857.
Il nous a donné dans ses chansons et dans, un livre intitulé " Ma Biographie'- des détails intéressants sur sa jeunesse :
•' Dans ce Paris plein d'or et de misère, En l'an de Christ dix-sept cent quatre- vingt. Chez un tailleur, mon pauvre vieux grand-père, Moi, nouveau-né, sachez ce qu'il m'advint."
Son père ayant follement dissipé sa fortune, il fut envoyé en Bourgogne chez ses grands parents. Après avoir successivement travaillé chez un horloger et chez un orfèvre, il entra à douze ans chez un imprimeur de Péronne. C'est là qu'il commença à écrire des vers, niais il le fit sans respect ni pour l'orthographe, ni pour les règles de la versification. Son patron corrigea ses premiers essais et bientôt il devint un excellent poète. Se trouvant seul et sans ressources, la muse suffit à le consoler de ses misères.
"J'habitais une mansarde au sixième étage, sur le boulevard Saint-Martin, ; nous dit-il. Vivre seul, faire des vers tout à mon aise, me parut toute une félicité."
Dans ses vers, il chanta tout en même temps la liberté et la gloire de l'empire, mais en 182 1 il fut condamné à trois mois de prison et 560 francs d'amende pour avoir attaqué le gouvernement de la Restauration ; en 1828, une nouvelle condamnation à neuf mois de prison et 10,000 francs d'amende l'atteignit. Ses chansons eurent un immense succès et furent chantées dans la France entière.
Quand il mourut, en 1857, ses funérailles prirent le caractère d'une manifestation nationale et furent la cause de la part du gouvernement de l'empire d'un déploiement de forces considérable.
BÊRANGER. 13
LAFA VETTEi EN AMÉRIQUE.
Républicains, quel cortège s'avance ? — Un vieux guerrier débarque parmi nous. — Vient-il d'un roi vous jurer l'alliance ? — Il a des rois allumé le courroux. — Est-il puissant ? — Seul il franchit les ondes. — Qu'a-t-il donc fait ? — Il a brisé des fers.
Gloire immortelle à F homme des deux mondes ! Jours de triomphe, éclairez F univers !
Européen, partout, sur ce rivage
Qui retentit de joyeuses clameurs,
Tu vois régner, sans trouble et sans servage,
I^a paix, les lois, le travail et les mœurs.
Des opprimés ces bords sont le refuge :
I*a tyrannie a peuplé nos déserts.
L'homme et ses droits ont ici Dieu pour juge.
Jours de triomphe, éclairez l'univers!
Mais que de sang nous coûta ce bien-être !
Nous succombions ; Lafayette accourut, Montra la France, eut Washington pour maître, L,utta, vainquit, et l'Anglais disparut.
Pour son pays, pour la liberté sainte, Il a depuis grandi dans les revers.
1 • Lafatetti (Le marquis de) was born in 1757 and died in 1834. This poem wu writttn to celebrate the vJsit paid to the United States by Lafayette, in 1824-25.
14 tËS PORTES FRANÇAIS.
Des fers d'Olmutz l nous effaçons l'empreinte. Jours de triomphe, éclairez l'univers !
Ce vieil ami que tant d'ivresse accueille, Par un héros, ce héros adopté Bénit jadis, à sa première feuille, 1/ arbre naissant de notre liberté.
Mais aujourd'hui que l'arbre et son feuillage Bravent en paix la foudre et les hivers, Il vient s'asseoir sous son fertile ombrage.
Jours de triomphe, éclairez l'univers !
Autour de lui, vois nos chefs, vois nos sages, Nos vieux soldats se rappelant ses traits, Vois tout un peuple et ces tribus sauvages A son nom seul sortant de leurs forêts L'arbre sacré sur ce concours immense Forme un abri de rameaux toujours verts :
Les vents au loin porteront sa semence.
Jours de triomphe, éclairez l'univers!
L'Européen que frappent ces paroles, Servit des rois, suivit des conquérants :
Un peuple esclave encensait ces idoles ; Un peuple libre a des honneurs plus grands.
Hélas ! dit-il ; et son œil sur les ondes Semble chercher des bords lointains et chers. Que la vertu rapproche les deux mondes !
Jours de triomphe, éclairez l'univers !
1. Olwtm, *n Augtrlan city, former) v the capital of Moravia. OlmiUil» lier* tlfleU wlth the Austrians.
BÊRANGER-