ABOii, lit. : bark, i, e. roar
I*a blanche créature Est couchée au cercueil.
Comme dans la nature Tout me paraît en deuil !
La colombe oubliée Pleure et songe à Y absent ; Mon âme pleure et sent Qu'elle est dépareillée.
Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s'en aller sur la mer !
Sur moi la nuit immense S'étend comme un linceul ; Je chante ma romance Que le ciel entend seul.
Ah ! comme elle était belle Et comme je l'aimais !
Je n'aimerai jamais Une femme autant qu'elle ; Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s'en aller sur la mer I
IÔ8 I,£s POÈTES FRANÇAIS.
HÊGÊSIPPE MOREAU.
Hégésippe Moreau naquit à Paris le 8 avril 1810 et il y mourut le 10 décembre 1838.
Toute sa . vie il eut à lutter contre la mauvaise fortune. Ses études terminées, il entra comme correcteur d'imprimerie chez MM. Didot. Après la révolution de Juillet (1830) à laquelle il participa activement, il devint maître d'études dans un lycée, mais sa santé déjà ébranlée lui manqua tout-à-fait et il fut admis à l'hôpital de la Charité où il ne tarda pas à succomber.
Ses principales œuvres sont: "Le Myosotis" "Diogène", " Contes à ma Sœur " (en prose).
LA VOULZIE*
S'il est un nom bien doux fait pour la poésie, Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie ? La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles ? Non ; Mais, avec un murmure aussi doux que son nom, Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ; Un géant altéré le boirait d'une haleine; I^e nain vert Obérons jouant au bord des flots, Sauterait par dessus sans mouiller ses grelots. Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres, Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons, Dans le langage humain traité ces vagues sons ;
1. la. Voulzie, a small stream that has its source near Pleuls-la-Tour (Serae-et* Marne) and empties Into the Seine.
S. Obxron, the King of the Genii of the air.
hêgêsippE moreait. 169
Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage,
Quand j' endettais mon pain à l'oiseau du rivage,
L'onde semblait me dire : " Espère ! aux mauvais jours
Dieu te rendra ton pain. " — Dieu me le doit toujours.
C'était mon Égérie, 1 et l'oracle prospère
A toutes mes douleurs jetait ce mot : " Espère !
Espère et chante, enfant dont le berceau trembla,
Plus de frayeur : Camille et ta mère sont là.
Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos... " —
[Chimère!
Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère.
J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins,
Bluet éclos parmi les roses de Provins 2 :
Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie,
Presque tous maintenant dorment, et, dans la vie,
Le chemin dont l'épine insulte à mes lambeaux
Comme une voie antique est bordé de tombeaux.
Dans le pays des sourds j'ai promené ma lyre ;
J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire,
J'ai brisé mon luth, puis de l'ivoire sacré
J'ai jeté les débris au vent.., et j'ai pleuré !
Pourtant, je te pardonne, 6 ma Voulzie ! et même,
Triste, j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime,
Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant
De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent,
1. Égxrik, a Nymph who llved in a wood near Rome ; is sometimes tised as synonym of good connsellor.
2. Provins, a French city in the département de Seine-et-Marne. It la situated about 00 miles from Paris and bas a population of abont 9,500.
17Ô tKS PORTES FRÀNÇAÎ&
Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage, Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge, Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs, Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.