GUERRE
Non, ce n'est point à nous, penseur et chantre austère, De nier les grandeurs de la mort volontaire.
D'un élan généreux il est beau d'y courir.
Philosophes, savants, explorateurs, apôtres, Soldats de l'Idéal, ces héros sont les nôtres, Guerre, ils sauront sans toi trouver pour qui mourir.
Mais à ce fer 1 brutal qui frappe et qui mutile, Aux exploits destructeurs, au trépas inutile, Ferme dans mon horreur, toujours je dirai : Non ! O vous que l'Art enivre ou quelque noble envie, 2 Qui, débordant d'amour, fleurissez pour la vie, On ose vous jeter en pâture au canon !
liberté, Droit, Justice, affaire de mitraille !
Pour un lambeau d'État, pour un pan de muraille,
Sans pitié, sans remords, un peuple est massacré.
1 Fan, épée.
3 Qi-elquk NOBLt s*?» is, as well as àrt f Bubject étetiiWe.
2o8 LES POÈTES FRANÇAIS.
— Mais il est innocent ! — Qu'importe? On l'extermine. Pourtant la vie humaine est de source divine ; N'y touchez pas ; arrière ! un homme, c'est sacré !
Sous des vapeurs de poudre et de sang quand les astres Pâlissent indignés, parmi tant de désastres, Moi-même à la fureur me laissant emporter, Je ne distingue plus les bourreaux des victimes ; Mon âme se soulève, et devant de tels crimes Je voudrais être foudre et pouvoir éclater. 1
Du moins, te poursuivant jusqu'en pleine victoire, A travers tes lauriers, dans les bras de l'Histoire Qui, séduite, pourrait t' absoudre et te sacrer, O Guerre, Guerre impie, assassin qu'on encense, Je resterai, navrée et dans mon impuissance, Bouche* pour te maudire et cœur pour t'exécrer.