LE REQUIEM* D'AMOUR
FRAGMENT
Nous étions bien heureux dans la petite chambre, Quand ruisselait la pluie et que soufflait le vent ; Assis dans le fauteuil, près de Pâtre, en décembre, Aux lueurs de tes yeux j'ai rêvé bien souvent.
La houille pétillait ; en chauffant sur les cendres, La bouilloire chantait son refrain régulier Et faisait un orchestre au bal des salamandres* Qui voltigeaient dans le foyer.
Feuilletant un roman, paresseuse et frileuse, Tandis que tu fermais tes yeux ensommeillés, Moi je rajeunissais ma jeunesse amoureuse, Mes lèvres sur tes mains et mon cœur à tes pieds.
1. IteQUim (utt. worfi me»nl»g repoi^ « piayer of the Roaawi Cstholte OlMWtih tôt
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2, Salamandre, a four legged reptile whieh, it was thought, conld lire in the lire.
248 LES POÈTES FRANÇAÎSr
Aussi, quand on entrait, la porte ouverte à peine, On sentait le parfum d'amour et de gaîté Dont notre chambre était du matin au soir pleine, Car le bonheur aimait notre hospitalité.
Puis Phiver s'en alla ; par la fenêtre ouverte Le printemps, un matin, vient nous donner l'éveil, Et ce jour-là tous deux, dans la campagne verte, Nous allâmes courir au devant du soleil.
C'était le vendredi de la sainte semaine,
Et, contre l'ordinaire, 1 il faisait un beau temps;
Du val à la colline et du bois à la plaine,
D'un pied leste et joyeux, nous courûmes longtemps.
Fatigués cependant par ce pèlerinage, Dans un lieu qui formait un divan naturel, Et d'où l'on pouvait voir au loin le paysage, Nous nous sommes assis en regardant le ciel.
Les mains pressant les mains, épaule contre épaule» Et, sans savoir pourquoi, l'un et l'autre oppressés, Notre bouche s'ouvrit sans dire une parole,
Et nous nous sommes embrassés. J
Près de nous l'hyacinthe avec la violette Mariaient leur parfum qui montait dans l'air pur; Et nous vîmes tous deux, en relevant la tête, Dieu qui nous souriait à son balcon d'azur.
1. Contre l'ordinaire, a good many peopla lu Franc* think that the weatharla ftlways bad on Qood Friday.
H. MtTRGER.
* Aimez-vous, disait-il ; c'est pour rendre plus douce ' La route où vous marchez que j'ai fait sous vos pas 1 Dérouler en tapis le velours de la mousse.
' Embrassez- vous encor, — je ne regarde pas.
1 Aimez- vous, aimez- vous : dans le vent qui murmure, ' Dans les limpides eaux, dans les bois reverdis,
* Dans l'astre, dans la fleur, dans la chanson des nids, 1 C'est pour vous que j'ai fait renaître ma nature.
1 Aimez-vous, aimez-vous ; et de mon soleil d'or, ' De mon printemps nouveau qui réjouit la terre,
* Si vous êtes contents, au lieu d'une prière
1 Pour me remercier, — embrassez- vous encor."
i$Ô t£S éo&TKS FRANÇAIS.